Château Le Puy, mon coeur chavire



Chers amateurs et amatrices de Bordeaux,

Il y a des coups de cœur dans le monde de la bouteille, et Château Le Puy en est un. Dégusté en verticale lors d’une soirée dîner à laquelle j’avais la bonne idée de m’inscrire (mais mon banquier n’a pas dû apprécier autant que moi, vive désormais les pâtes au beurre jusqu’au 31…), j’ai été convaincue autant par ce qui se trouvait dans mon verre que par son vigneron, Jean Pierre Amoreau. Au lieu de parler de prestige et de grandeur, il nous a parlé tout simplement de la vigne, sa vigne, de la terre, du cosmos et des énergies qui donnent vie et font grandir.

Tout d’abord un petit tour d’horizon : Château Le Puy se trouve sur la rive droite de la Garonne, à l’est de Saint Emilion dans un petit village d’environ 200 habitants. Propriété familiale depuis 1610, ils veillent sur ce petit bijou d’aujourd’hui 62 hectares, dont 34 en vigne, se trouvant sur un terroir similaire à celui de Pomerol et Saint Emilion. Le découpage du domaine est parcellaire, selon le sous-sol et le potentiel de vigueur. Il est d’ailleurs actuellement en pourparlers avec les administrations pour obtenir une appellation en AOC pour environ 5 hectares de ses vignes, en appellation Monopole (comme Château Grillet).

Le savoir faire se transmet de père en fils depuis des générations, quoique c’est en train de changer (vive les filles et la parité !!). En biodynamie depuis toujours, les Amoreau n’ont jamais succombé aux sirènes des lobbyistes de l’industrie chimique. Au lieu de cela, ils cultivent la biodiversité, respectent les cycles des saisons et des astres et apportent une attention méticuleuse à cette terre qui nourrit les ceps et fournit une matière première d’une qualité extraordinaire. Car sans cela, pas moyen de faire un grand vin.

Cette philosophie est également appliquée dans le chai, jusqu’à la mise en bouteille sans soufre, ni collé ni filtré. Et leurs vins vieillissent remarquablement bien. De quoi clouer le bec à tout ceux qui prétendent qu’un vin naturel ne puisse pas grandir avec l’âge : celui-ci traverse avec une élégance déconcertante les affres du temps.

Mais revenons à nos petits et à ce qui était le plus important dans cette soirée : la rencontre avec un homme hors du commun qui a su rester simple et abordable, sans chichis, et qui parle de sa vigne avec le cœur. Il nous a livré un discours magistral sur la terre et les énergies, et tout le monde en est resté bouche bée. Voici quelques extraits :

Le travail de la vigne et la vinification se font selon le calendrier lunaire, afin de puiser au mieux l’énergie environnante. La vigne puise 20% de ce qu’il lui faut pour vivre du sol. Les 80% restants viennent de l’énergie naturellement présente dans l’atmosphère autour, y compris la lumière. Ces énergies environnantes sont indispensables à la vigne pour vivre, se construire et grandir, puis produire de beaux raisins sur lesquelles poussent des levures indigènes qui permettront ensuite au raisin d’exprimer son « terroir ». Les 20% venant de la terre sont eux aussi indispensables et incontournables, car on ne peut pas bâtir une belle maison sans fondations de qualité. Etre en biodynamie n’est pas un choix, mais d’une importance capitale (et pour rappel : c’était bien la façon générale de travailler les terres avant la première guerre mondiale). Un sol vivant est un sol contenant des millions de micro-organsimes par mètre carré. Ils l’aèrent et rendent possible les échanges des composantes nutritives et minérales avec les racines de la vigne. Traiter le sol chimiquement interrompt cette chaîne et appauvrit, voir détruit ces échanges. Et pour tout vous dire : il a même arrêté de travailler la vigne en tracteurs, afin de ne pas tasser le sol mais de le garder le plus aéré et vivant possible.

Malheureusement le temps était trop court pour qu’il nous parle du travail dans le chai, mais il a tout de même annoncé qu’il était en train d’en construire un nouveau dans lequel tout se fera par gravité, depuis le début de la vinification jusqu’à la mise en bouteille. Je serais vraiment curieuse de voir ça !

Il nous a aussi parlé d’une expérience passionnante : la chambre morte. C’est une curieuse invention de la technologie moderne, sous forme d’une pièce ultra isolée dans laquelle ne pénètre aucune énergie cosmique ni terrestre. Si on enferme un organisme vivant dans cette chambre, il meure au bout de 15 minutes… (même avec suffisamment d’oxygène à disposition). Je n’ose même pas imaginer, aussi incroyable que cela puisse paraître. Mais cela prouve bien scientifiquement que la vie a bien besoin d’une grande part de mystère pour exister. Il en a visité une, mais personnellement je préfère m’abstenir, préférant largement visiter les caves, les chais et les vignes et de déboucher de bonnes bouteilles.

Le secret de polichinelle évoqué lors de la soirée, ce sont les vins de l’année 2003 qui ont déclenché une véritable hystérie parmi les amateurs de vins japonais et ensuite du monde entier. Le manga Les Gouttes de Dieux l’ayant proclamé meilleur vin du monde, le public s’est d’un coup arraché ce vin et les prix se sont envolés pour atteindre des sommes astronomiques. Jean Pierre aussi est devenu hystérique, mais pas dans le même sens. Il a tout simplement retiré en espace de trois semaines toutes les bouteilles 2003 en vente, dans le monde entier, pour contrer cette folie spéculative et ramener les prix à un niveau normal. Il faut savoir que ces vins sont très abordables pour un Bordeaux de cette qualité et envergure, et Jean Pierre veille à ce que cela reste ainsi. Pas question que son vin devienne un vin d’élite, réservé uniquement à ceux qui ont un portefeuille richement garni. Des buveurs d’étiquette, il n’en a rien à faire. Il préfère que tout le monde puisse déboucher une de ces bouteilles et l’apprécier simplement, entre amis ou autour d’un bon repas. Il ne voit d’ailleurs pas d’un bon œil ceux qui tentent de décortiquer et analyser son vin : non pas parce qu’il aurait quelque chose à cacher, mais parce que pour lui un vin se boit avec le cœur et les cinq sens. Ni plus ni moins.

Appréciez donc ces gouttes délicieuses que renferme chaque bouteille de Château Le Puy, et rentrez dans ce mosaïque infini en dégradé harmonieux qui s’offre à vous à travers les millésimes, à la fois différents et si semblables. Cela fait sans doute aussi partie du mythe de ce château : produire chaque année un vin avec cette caractéristique qui se retrouve dans tous les millésimes que nous avions goûté ce soir là : une structure solide et légère, tout en élégance et retenue, qui permets aux arômes de se déployer autour avec finesse et profondeur. En bref : un vin incroyablement gracieux.

Ont été dégustés les millésimes : 2010, 2008, 2007, 2006, 2003, 2001, 2000, 1990, 1982, 1970, 1967, 1955, avec mention spéciale pour le 1982.

Faites comme moi, courez acheter une bouteille et débouchez là. Pas besoin d’aérer une heure avant, le vin s’offre à vous tout de suite. Mais attention, faut tout de même décanter selon les règles de l’art car ces vins non filtrés non collés ont un dépôt important qu’il faut éviter de mélanger à ce divin breuvage. Sinon vous risquez de faire une drôle de tête, sans parler du sourire dents noircies que vous offrirez à vos amis ou l’être cher que vous essayez d’épater.

Et maintenant : tchin !!!

A la vôtre

Et pour ceux qui souhaitent en savoir plus : http://www.chateau-le-puy.com/

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