Bodega Viña Tondonia – une belle rencontre



Cette Bodega de 170 ha, fondée par la famille Lopez de Heredia en 1877 et qui a su préserver son patrimoine depuis 4 générations, se situe dans la Rioja Alta, juste à côté du très joli village de Haro. Pays des cigognes, il y en a partout sur les toits des maisons en cette saison. Lorsqu’on se promène dans les rue ou les vignes, il n’est pas rare d’apercevoir ce bel oiseau s’élancer dans le ciel ou tenir compagnie à son partenaire (une cigogne est très fidèle).

Viña Tondonia est la troisième plus vieille Bodega de la Rioja, devancée par les bodegas Marquès de Riscal et Marquès de Murrietta. Ils possèdent 4 parcelles situées à proximité de la rivière Ebro, dont les deux mieux placées servent pour leur premiers vins. Il était prévu lors de notre visite de partir découvrir les vignobles, mais le temps neigeux nous a joué un tour tout de blanc vêtu. J’espère que la prochaine fois nous aurons plus de chance !

L’histoire du vignoble de la Rioja est très ancienne. Jusqu’au 19ème siècle, la production de vin y était surtout destinée à une consommation familiale, locale ou régionale. National était déjà une rareté, l’export quasi inexistant. Les vins étaient alors façonnés pour répondre aux goûts et besoins des locaux, en somme de facture assez rustique. Courant du 19ème siècle deux pionniers de la viticulture espagnole, le Marques de Riscal et celui de Murietta, ont voyagé à Bordeaux et se sont familiarisés avec la viticulture bordelaise. Les premiers changements ont alors été amorcés. Puis arriva le Phylloxera qui a ravagé les vignobles français. De nombreux bordelais se sont alors installés dans la Rioja, ou s’y sont rendus en voyage, pour y acheter des raisins ou planter de la vigne, puis l’exporter à Bordeaux pour faire leurs vins… On peut aisément s’imaginer la révolution que cela à représenté dans une région qui jusque là n’avait pas conscience de son potentiel, et du fait que leurs vins pouvaient plaire à des marchés autres qu’espagnols. C’est d’ailleurs ainsi que le Cabernet Sauvignon est arrivé en Espagne, par moment carrément sous forme d’une invasion au détriment des cépages locaux : un vrai bordelais ne pouvait probablement pas s’imaginer une vie sans ce cépage, et l’a apporté avec lui dans ses bagages… Et si le Cabernet était une sorte de doudou pour les bordelais ??? À creuser !

Mais revenons à Viña Tondonia. Ils ont les cépages traditionnels plantés sur 150 hectares de vigne, sur un terroir plutôt argile-calcaire : Viura et Malvasia en blanc, Tempranillo, Grenache, Graciano et Mazuelo en rouge. Ils travaillent leurs vignes majoritairement en bio, et même certaines parcelles selon les principes de la biodynamie.

Comme d’autres Bodegas de cette taille en Espagne, ils ont également leur propre tonnellerie, avec la nuance que dans la Rioja ils ne sont plus que deux à travailler ainsi : Viña Tondonia et Muga. Ils n’utilisent que du chêne américain, pour la simple raison que pendant longtemps les tensions politiques entre l’Espagne et les autres pays de l’Europe les empêchaient de se fournir en chêne français et autres essences. Y sont fabriquées environ 300 barriques de format bordelais (225 litres) par an, selon les mêmes procédés qu’il y’a un siècle, de façon très artisanale. Dans cet endroit règne une vrai ambiance d’atelier, avec sa pléthore d’outils anciens et une odeur de bois toasté qui flotte dans l’air. Les barriques abîmées ou anciennes y sont aussi réparées ou remises en état afin de réduire au maximum l’impact sur l’utilisation du bois.

La visite du chai se révèle tout aussi intéressante. Les cuves sont en chêne et affichent un âge respectable. Pas de thermorégulation ni de salle de contrôle ultra sophistiquée. La température du chai, et donc des cuves, est régulée selon des principes anciens : l’orientation du chai, sa situation parmi les autres bâtisses et ses ouvertures sous forme de fenêtres placées en hauteur, permettent d’isoler le bâtiment des vents chauds et de récupérer les effets bénéfiques du vent froid qui souffle dans un sens différent que le chaud. Puis découverte : lorsque les fermentations des vins rouges en cuve sont terminées et le vin écoulé par gravité pour le mettre en fût, sont placés à l’intérieur de chaque cuve, juste devant l’ouverture de la vanne, un fagot de rameaux de vigne qui sert de filtre. C’est simple, efficace et écologique.
Aussi, dans la logique des choses ils n’utilisent que des levures indigènes pour les fermentations, ainsi que très peu de sulfites. Le risque est calculé et accepté : il leur arrive parfois qu’une cuve ne fasse pas ses fermentations comme il faut. Le contenu est alors éliminé.

Une fois les fermentations terminées, le vin est écoulé de la cuve en barrique et entreposé dans un dédale d’anciennes galeries creusées jusqu’à 15m sous terre. À l’époque elles étaient soit creusées à la main, soit avec de la dynamite. Pour rappeler l’histoire du domaine, les propriétaires ont même gardé à un endroit les petits wagonnets style western qui servaient à l’époque pour sortir les gravats des 3433 m2 de tunnels souterrains. Une fois de plus il faut rester groupé pour ne pas se perdre dans ce labyrinthe (remarque, on ne risque pas de mourir de soif…). Il y a environ 12.900 barriques qui y sont entreposées. L’élevage du vin se fait sur une durée variable, mais peut aller jusqu’à 10 ans pour leurs premières cuvées. Les vins restent en fût pendant toute la durée du vieillissement, avec environ deux soutirages par an. Les conditions de stockage sont idéales : température et hygrométrie sont constantes, les mûrs couverts d’une couche plus ou moins épaisse de pénicillium assurant une atmosphère stable et anti-bactérienne.

La dernière station avant dégustation est la visite de leur vinothèque familiale, dans laquelle sont entreposées des bouteilles de tous les millésimes depuis 1930. Certaines bouteilles sont couvertes d’une couche impressionnante de pénicillium, qui crée un voile épais tout noir. Cela fait un peu penser aux vieux films de vampires, et j’ai du mal à m’approcher des bouteilles par peur qu’une grosse araignée me saute dessus pour me mordre… Mais la curiosité gagne et je pointe une bouteille pour demander son âge : plus de 50 ans ! Il faut dire que les vins à base de Tempranillo, avec leur structure tannique solide et leur fraicheur venant du terroir et des écarts de température journaliers qui assurent une maturation lente, ont une grande capacité de vieillissement sous condition qu’ils soient vinifiés en conséquence.
Puis autre détail intéressant : les bouchons de ces bouteilles ne sont jamais changés. On couvre alors le goulot d’une épaisse couche de cire pour le protéger, notamment des mites qui parfois ont la mauvaise idée d’attaquer le liège, avec le résultat qu’il devient poreux. Et oui, elles n’aiment pas que vos pulls en cachemire. La mite espagnole raffole aussi de bons vins !
Il ne faut pas non plus oublier de mentionner que pendant les années 30, le verre était une denrée rare et on recyclait les bouteilles vides. Il n’est alors pas impossible de voir un vieux Reserva ou Gran Reserva de cette époque dans une bouteille de forme bourguignonne ou bordelaise.

Et après presque deux heures de visite passionnante, vint enfin la dégustation. Passons aux choses sérieuses :

Rioja blanc 2003, Viña Gravonia Crianza, cépage 100% Viura
Élevage de 3 à 4 ans en barrique
Robe : doré, reflets paille, disque brillant
Nez : fermé
Bouche : des arômes d’agrumes, caramel, infusion, tilleul, vanille et noix de coco discrets, boisé bien intégré, champignon de Paris frais, gingembre confit et noisette.
Conclusion : Un vin très bien fait, complexe, bien structuré avec une fraîcheur moyenne. À carafer au moins 30 minutes avant dégustation.

Rioja blanc 1998, Viña Tondonia Reserva, cépages 90% Viura et 10% Malvasia
Élevage de 6 à 7 ans en barrique
Robe : doré moyen plus, disque brillant
Nez : fermé
Bouche : beaucoup de fraîcheur, minéral et salin, des arômes d’agrumes, floral, infusion, gingembre, noisette, boisé bien intégré.
Conclusion : Un vin très bien fait, élégant, structuré en finesse et désaltérant. Pour un été caniculaire, lors d’un repas entre amis sous un pin parasol. À carafer au moins 30 minutes avant dégustation.

Rioja blanc 1991, Viña Tondonia Gran Reserva, cépages 90% Viura et 10% Malvasia
Élevage 10 ans en barrique
Robe : doré intense, disque brillant
Nez : notes boisés dominants
Bouche : fraîcheur moyenne, avec des arômes florales et fruités, notes de caramel et zeste d’orange, pomme, poire, noisette, gingembre, minéral et salin, infusion, une fin de bouche très longue sur la minéralité.
Conclusion : Une jeunesse surprenante pour son âge, complexe, élégant et bien structuré. À carafer au moins 30 minutes avant dégustation.

Rioja rouge 2003, Viña Bosconia Reserva, 80% Tempranillo, 15% Grenache, 5% Graciano & Mazuelo
Élevage de 5 ans en barrique
Robe : cerise
Nez : fraise mûre écrasée, terre sèche
Bouche : fraîcheur, minéral et salin, tannins un peu rustiques mais bien intégrés, arômes de fruits rouges et fraises, épicé
Conclusion : un vin un peu rustique mais bien construit, à partager lors d’un repas familial et sans prétention. Il est préférable de carafer avant dégustation.

Rioja rouge 2001, Viña Tondonia Reserva, 75% Tempranillo, 15% Grenache, 10% Graciano & Mazuelo
Élevage de 6 à 7 ans en barrique
Robe : cerise virant sur le grenat
Nez : fermé, soupçon de fraise
Bouche : fraîcheur, tannins de velours assez fins, arômes de fraise, cerise, myrtille, cuir, boisé bien intégré, légèrement épicé, truffe
Conclusion : un vin tout en finesse qui est encore dans sa prime jeunesse. Il gagnera encore en vieillissant. À décanter au moins 30 minutes avant dégustation.

Rioja rouge 1981, Viña Tondonia Gran Reserva, 75% Tempranillo, 15% Grenache, 10% Graciano & Mazuelo
Élevage 10 ans en barrique
Robe : grenat moyen, reflets brique
Nez : champignon de Paris, terre sèche, fraise mûre
Bouche : fraîcheur, minéral, des tannins très fins, arômes de fraise écrasée, de fruits rouges et noirs confits, épicé, un vin qui exhale en fin de bouche et d’une belle longueur
Conclusion : un vin racé en finesse, équilibré et structuré. À décanter au moins une heure avant dégustation : il s’ouvrira davantage et dévoilera toute sa palette aromatique que l’on devine aisément derrière sa première timidité gustative.

Mot de la fin : une très belle Bodega familiale, qui a su faire le grand écart entre tradition et modernité sans perdre son âme. Des vins solides et bien faits, qui reflètent la tradition viticole espagnole sans tomber dans ses travers et qui ne sont commercialises qu’après une longue période de vieillissement. Sans oublier les tarifs très raisonnables pour des vins de ce calibre. À recommander sans modération !

PS : Si vous passez dans la Rioja et prévoyez faire la visite de cette Bodega, demandez si vous pouvez la faire avec José Luis Ripa. Il est passionnant et en connaît un rayon. De quoi combler les esprits curieux !

http://www.lopezdeheredia.com

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