Le vin et le monde virtuel



Après une matinée passée au Figaro avec une chouette conférence sur le vin à l’ère digitale et la présentation de l’étude Sowine SSI (ici), la plume m’a chatouillé pour déposer quelques brèves réflexions et sincères convictions autour du vin dans le monde virtuel. En voilà le résultat !

En pratique, le vin est l’opposé du virtuel. C’est une bouteille débouchée et partagée. Une expérience gustative qui titille notre palais et nos sens. Et notre orgueil si on attache de l’importance à l’étiquette. Parfois cela met nos sens dessus dessous. Ou sens dessous dessus, au choix. Toujours est-il, c’est toujours physique, tangible, sensoriel, voir sensuel, et tout sauf abstrait.

Côté information, c’est carrément le contraire. S’informer, c’est un peu comme déguster à distance, par procuration. Imaginer le vin à travers des paroles, notes ou écrits partagées. Ce glou-glou virtuel équivaut à une bouée de repaire (et parfois de secours) permettant de se retrouver dans un océan de dizaines de milliers d’étiquettes. Et donc de pouvoir faire un choix.

Côté acquisition, à moins d’acheter directement chez le producteur, celui qui vous conseille/vend le vin a bien un jour trouvé/dégusté la pépite recommandée. Sinon il ne pourra ni en parler, ni vous la proposer aujourd’hui. Évident ? Pas tant que ça. Voilà qu’entre en scène cette chose magique qu’est la communication.

Auparavant, un des moyens de communication favoris était le pigeon voyageur, ou encore les signaux de fumée, mais pour des questions pratiques évidentes on a changé pour le support papier, relié et relayé en grande quantité, du moins par rapport aux possibilités de l’époque.

Aujourd’hui, c’est le tour au monde virtuel de supplanter ce monde imprimé sur feuilles. Et avec ce changement vient une accélération exponentielle des échanges, de la disponibilité immédiate des informations, et donc des possibilités de communication. Il serait fatal, qu’on soit grand ou petit, vigneron, caviste ou journaliste, ou qui sais-je d’autre, d’ignorer cette donnée, car plus les échanges d’informations s’accélèrent, plus la base de données virtuelle augmente. Et devient océan à son tour, dans lequel finalement il faut faire un choix : nager et être visible, ou faire le sous-marin ce qui n’a pas grand intérêt.

Je vais faire abstraction de plein de facettes de cette thématique (sorry) pour parler un peu du cas des vignerons dans ce monde virtuel. Par définition, un vigneron travaille la terre, c’est donc une communication physique et bien souvent entière entre les deux. Le monde des 0 et 1 peut alors lui paraître légitimement suspect, car ancré dans l’apparence et les échanges dématérialisés.

Certains ont la chance que la réputation de leurs vins est tellement légendaire qu’il se vend tout seul. Ce sont quelques heureux qui n’ont pas besoin de faire d’efforts particuliers de communication pour qu’on parle d’eux, ni de disposer d’une véritable présence virtuelle. Les autres s’en chargent pour eux. Du moins aujourd’hui. Mais demain ? La chance est, par définition, quelque chose de passager. C’est en tout cas une stratégie qui me semble hasardeuse à long terme.

D’autres vignerons, pour des raisons diverses et variées, cultivent l’anonymat à travers une communication quasi inexistante, et restent donc tout simplement de parfaits inconnus pour la majorité des consommateurs (qui pourtant sont des acheteurs potentiels de leur produit), et par la même occasion invisibles pour une grande partie des professionnels, qui n’ont souvent pas le temps de partir sur place pour chercher et découvrir. Pas sûr que cette stratégie d’invisibilité soit porteur de développement à un terme quelconque, ni un modèle économique viable. Après tout, cela sert à quoi de produire un vin dont personne n’a connaissance ?

Puis il y a ceux qui sont sur tous les fronts, y compris le virtuel. Parfois avec plus ou moins de succès, mais dans tous les cas visibles, et donc trouvables. Les meilleurs créent des vitrines originales et de toute beauté, à travers desquelles ils ont ainsi réussi à s’affirmer, augmenter leur chiffre d’affaires et consolider leur entreprise, se développer d’avantage, et créer une identité et une image positive et accessible autour de leur produit. Et voilà que le consommateur, et le professionnel, peut faire leur connaissance et interagir avec eux, découvrir et rêver, et ce peu importe le support virtuel choisi (site, blog, plateformes médias, etc.). Un modèle à suivre !

Dans cet univers polymorphe d’aujourd’hui ou tout évolue en permanence, il est important de défendre son travail, de le faire connaître et de le valoriser pour se démarquer des autres. Il y a une chose qui parfois fait défaut aux vignerons, voire aux appellations entières : la conscience que sans leur travail accompli, seul ou en communauté, à petite ou grande échelle, tout ce beau monde et cette richesse autour du vin n’existeront tout simplement pas et le consommateur n’aurait rien de bachique à mettre dans son verre. Et la France aurait une magnifique exception culturelle en moins.

Mais puisque le vin existe en facettes aussi riches que les mille-et-une-nuits, mettons-les en avant. La communication est incontournable. Donnons au vin d’avantage de vie virtuelle. Le résultat ne pourra être qu’enrichissant à tous les niveaux !

Cheers

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