Hors des frontières #2 : Le Rheingau est fantastique



Je reviens tout juste d’un petit voyage dans le Rheingau. Ma sœur a eu la bonne idée de déménager à Francfort, non loin de ce beau coin où on produit du vin depuis très très longtemps. J’en ai donc profité pour allier deux plaisir : voir la famille et traîner mes bottes dans le vignoble. Et une fois de plus, je n’ai pas été déçue : le coin est vraiment très beau et les vins remarquables.

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Avec des vignobles en coteaux et de très beaux paysages, des châteaux et des monastères de partout, de la culture et une magnifique architecture traditionnelle.

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On y produit de beaux Rieslings et des Pinot Noir, mais pas seulement. Le Gamaret, Chardonnay et autres y tentent leur chance. Ce qui rend cette appellation si particulière est le fait qu’elle est sur quasi toute sa longueur exposée sud, face au Rhin. Cela crée un microclimat. Souvent il y fait beau, contrairement à d’autres endroits pourtant proches, comme notamment Francfort. Evidemment, cela a tout pour plaire aux vignerons qui y ont reconnu depuis des siècles un énorme potentiel pour produire des vins de haute volée.

En fait, grâce à sa situation si particulière le Rheingau est le berceau des très grands Rieslings allemands, bien avant la Moselle. Celle-ci n’est arrivée que sur le tard, au début du 20ème siècle, mais a réussi à lui piquer le show. Comment a-t-elle fait ? Grâce à l’arrivée du chemin de fer, la tricheuse… La rivière n’étant pas navigable et l’endroit géographiquement difficile d’accès, la Moselle était un illustre inconnu jusque là. Par contre, ensuite elle s’est révélée d’être d’une redoutable efficacité en terme de communication et d’adaptation au goût changeant du consommateur. Et toc. Dans le nez du Rheingau, née et porté à l’apogée par les familles nobles et l’église, qui avaient les moyens pour consolider et faire grandir ce patrimoine à travers les siècles, mais qui n’ont pas vu venir leur petit voisin (tel que le petit fantôme ci-dessous…).

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Mais la 1ère et 2ème guerre mondiale, le phylloxera et autres crises, notamment économiques, ont eu raison du commerce florissant des vins du Rheingau, dont certains comptaient parmi les plus recherchés et les plus chers. Bien plus qu’un Château Latour d’ailleurs. Ils ne s’en sont jamais complètement remis de ces crises à répétition, comme beaucoup d’autres grands vignobles dans le monde. Aujourd’hui, même leurs Grands Crus sont très abordables et représentent un rapport qualité/prix absolument incroyable. Les vignerons sont souvent amusés par la réaction des peu de français qui poussent jusque-là et qui s’exclament : « Mais, ce n’est pas assez cher pour ce que c’est. Vous vous sous-estimez ! » Haha, j’aime bien que les vins restent abordables. C’est démocratique et comme ça même la personne la plus modeste peut un jour se faire plaisir avec un vin vraiment grandiose, sans se ruiner.

Le vignoble du Rheingau est organisé à la bourguignonne, avec un classement des parcelles tels que les climats, les meilleures étant Premier Cru (Erstes Gewächs / Erste Lage) et Grand Cru (Grosses Gewächs / Grosse Lage). Puis des Villages (Ortswein) et IGP (Gutswein / QbA). Par contre, l’identification des meilleures parcelles s’est fait, comme à Bordeaux, avec les négociants. Celles qui obtenaient systématiquement les meilleurs prix étaient désignées comme Premier Cru et Grand Cru. Je vous vois venir. Mais pensez-vous qu’il est possible qu’un vin de médiocre qualité obtienne sur des dizaines d’années toujours le tarif le plus élevé, voir gagne en valeur ? Perso je crois que non. Au bout d’un certain temps les modes passent et les vins qui ne le méritent pas retombent dans l’oubli. Le consommateur n’est pas éternellement une bonne poire. En fait, le prix obtenu reflète, ou reflétait, la réputation obtenue à travers une constance de qualité, et l’endroit d’où le vin était issu était donc considéré comme supérieur à la moyenne = critère de classement.

Ce qui est bien plus difficile à appréhender, même pour les allemands, ce sont les Prädikate et autres indications sur l’étiquette, lesquels parfois, parfois souvent, prêtent à confusion. Evidemment, toutes ces indications sont une façon très codifiée et précise de définir ce qui est dans la bouteille. Une fois qu’on a compris, on sait exactement ce que l’on achète. Très allemand et efficace tout ça. Un défi pour tous ceux qui ont ces bouteilles entre leurs mains une fois qu’elles ont quitté le domaine. Peu importe que ce soit un consommateur ou professionnel. Mais apparemment on s’en est rendu compte et des simplifications sont en train d’être mises en place.

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Bref, lors de cette visite j’ai découvert, au delà des étiquettes et autres considérations, une interprétation du Riesling souvent très ciselée, droite, extrêmement précise, avec un équilibre tout en finesse. Et les domaines sont très souvent encore familiaux. Peu d’investisseurs étrangers ou de grands groupes. Tant mieux. Bon, j’avoue que devant le nombre important de vignerons à découvrir, j’ai limité mes visites pour la plupart au critère d’appartenance au VDP (Verein Deutscher Prädikatsweingüter), une sorte d’organisme qui a crée une charte de qualité plus stricte encore que celle définie par l’état, et dont les membres sont connus et reconnus pour leur excellence. Je sais évidemment qu’il y a aussi de très très bons ailleurs. J’ai fait quelques visites hors cadre et me suis également régalée. De l’élitisme ? Point. Ils ne sont pas forcément plus chers que les autres. De toute façon, lors de ma prochaine visite dans la région, je vais justement explorer tout le reste. Youpi !

Voilà ceux qui m’ont le plus plu :

  • Schloss Vollrads (un monopole comme Château Grillet)
  • Schloss Johannisberg (que j’ai déjà vu à Paris, mais ma mémoire m’a lâchée… Allez, Lavinia ?)
  • G.H. von Mumm (un de la famille Mumm, même si aujourd’hui celui-ci est indépendant de la maison de champagne)
  • Weingut Robert Weil (un domaine tiré à quatre épingles, qui fait de magnifiques Spätlese = vendanges tardives)
  • Bischöfliches Weingut (tout petit et modeste domaine, où Peter Perabo, le roi allemand du Pinot Noir, officie. Incontournable !)
  • Diefenhardt’sches Weingut (délicieux. J’ai été reçu par la fille, toute mignonne mais qui même la troupe par la baguette)
  • Weingut Künstler (comme son nom l’indique, un artiste du Riesling)
  • Weingut Hans Lang (où j’ai été le plus généreusement et gentiment reçu. La classe !)
  • Weingut Trenz (beau gosse, cheveux au vent, le plus branché de l’appellation. Il fournit les vins pour notre équipe de foot nationale ! Il bosse bien ce petit.)
  • Weingut Jakob Jung (La maison ne paie pas de mine, mais les vins sont délicieux. A ne pas rater non plus.)
  • Weingut August Eser (J’ai été impressionnée par leurs Rieslings qu’ils vinifient selon les climats. Chacun s’exprime à sa façon. Une belle palette chatoyante d’expressions de terroir.)

Ce qui est frustrant est qu’on ne les trouve pour la plupart pas en France. Et pourtant, ils seront magnifiquement complémentaires avec les Rieslings d’Alsace sur les cartes de la gastronomie française. Un cépage, deux styles et interprétations différentes, chacun de toute beauté dans sa catégorie. Je rêve d’ouvrir un jour dans un restaurant français une carte des vins et d’y trouver un de ceux-ci…

Cheers !

PS : pour ceux que cela intéresse, je vais donner une Masterclass sur le Rheingau début 2015, à Paris, chez Grains Nobles. Avec pleins de très beaux vins à déguster. Si vous êtes intéressés, envoyez-moi un mail et je vous enverrais les infos quand la date sera définie.

PSS : Et voilà les images des vins. Comme ça vous pourriez les reconnaître plus facilement. Sinon il faut venir à la Masterclass :P

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2 commentaires

  1. Que signifie « Roter riesling » sur la bouteille du domaine Robert Weil ?
    Au niveau des prix on est autour de 20 euros, non ?

    • Bonjour Larry,

      Le Roter Riesling est sur la bouteille de G.H. von Mumm ;P
      C’est une variante très ancienne et quasi disparu du Riesling, dont la peau, tout comme la notre, prends un teint rouge au contact du soleil.
      C’est délicieux !

      En terme de prix public, on doit être pour :
      Robert Weil Kiedrich Turmberg Riesling trocken 2013 est à 19,80€ (c’est un Premier Cru)
      G.H.von Mumm Roter Riesling 2013 est à 13,00€ (c’est en IGP car le cépage est exclus des règlementations AOC)

      Robert Weil et G.H. von Mumm ont tous les deux des importateurs en France, mais je ne pense pas qu’on puisse trouver spécifiquement ces bouteilles ici.
      Je vous laisse vérifier avec les domaines.

      Bien à vous,
      Birte

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