Vin de légende – La Romanée contée



Quand on vient à parler des vins de la Romanée Conti, tout de suite le ton change. Les superlatifs, aussi bien en mots qu’en chiffres, sortent de leur cachette et relèguent illico presto 99,9% des autres vins du monde au rang de petits joueurs. Certains affichent une franche admiration, d’autres feignent l’indifférence. Mais qu’en est-il vraiment ? Est-ce que ce vin, dont tout le monde rêve plus ou moins secrètement, est à la hauteur de la légende qui l’entoure ?

Si je n’avais pas parmi mes amis une personne dotée d’une exceptionnelle générosité, jamais je n’aurais pu déguster les vins de la DRC (= Domaine de la Romanée Conti). Et surtout pas avec mon salaire rikiki qui ferait rigoler n’importe quel vendeur de babioles des puces. Mais le monde est fait de surprises, parfois de merveilleuses. J’ai donc pu faire, sur quatre ans, trois horizontales complètes, qui à chaque fois ont fait ressembler le fond de mon verre à un secret jardin d’Eden.

Car une goutte de ce vin ressemble à une fleur qui éclot sur vos papilles gustatives.

C’est exquis, une claque sensorielle et une expérience captivante et complète. J’aurais aimé vous dire que la légende est surfaite. Mais presque malgré moi je dois vous avouer que ce vin m’a totalement amadoué. Et le tout sans artifice aucun. Echec et mat.

Mais qui est ce vin ? Une hypothèse pourrait-être qu’il y a fort longtemps, un petit dieu farceur tomba du ciel juste par là. En trouvant la terre meuble et confortable à son aise et la vigne belle, il a dû faire un tour de pâté de maison, observer, sentir, palper, avant de repartir incognito, tout en laissant une énigme sur place afin de distraire les habitants du coin (et aujourd’hui du monde entier) les jours de grisaille. Mais nous savons tous que les contes n’existent pas.

Plus sérieusement, pour produire un vin dont tous les éléments s’accordent aussi harmonieusement et intrinsèquement, il faut un capitaine sachant percevoir, écouter et comprendre jusque dans le moindre murmure le langage de la nature. Les cinq éléments – terre, vigne, raisin, ferment, homme – doivent résonner à l’unisson. Ce n’est pas avec une écoute distraite que l’on arrive à capter l’essence des choses et de les retranscrire en vin. Aubert de Villaine et son équipe ont donc décidément l’ouïe exceptionnellement aiguisée.

Ce qui rend ces vins si beaux est aussi le fait qu’aucun élément ne cherche à prendre le dessus ou la place de l’autre. Comme dans une peinture de Vermeer, les couleurs chatoyantes de chaque composante gustative se déclinent en un éventail délicat et extrêmement varié. Cette complexité, tel un jeu d’ombres et de lumières, varie et change selon l’âge du vin et la parcelle qui lui donna naissance.

Peut-être que ce vignoble tient sa sagesse du fait qu’il soit né au Moyen Âge, des mains expertes des moines de Saint Vivant. En tout cas, la réputation de ces vins est déjà bien établie quand, en 1760, Louis François de Bourbon, Prince de Conti, devient le propriétaire du domaine tout en ajoutant au passage un titre de noblesse au nom, devenant alors Domaine de la Romanée Conti. Cependant la Révolution coupe court à la transmission familiale et en 1869 le domaine est acquis par l’ancêtre d’Aubert de Villaine, Monsieur Jacques-Marie Duvault-Blochet. Le reste fait partie de l’histoire.

Aujourd’hui, les vins sont devenus légende et le domaine ne produit qu’un nombre très limité de bouteilles qui s’arrachent sur allocation. La rançon de son succès fait que la plupart de ces flacons finissent en placement financier et meurent, après de nombreux changements de propriétaires, dans des caves sans avoir réjoui une seule papille gustative. Quelle tristesse quand on pense à la splendeur de ces nectars.

Mais parfois des bouteilles s’échappent à ce destin franchement funeste et leur contenu a le bonheur de finir dans un verre. L’horizontale faite en ce mois de décembre 2016 portait sur le millésime 2013, un millésime difficile en Bourgogne et une petite récolte d’à peine 20 hl par hectare pour la DRC. Mais malgré la météo capricieuse et des conditions ardues dans la vigne, le résultat est incontestablement grand. Le fait de travailler en biodynamie y est certainement aussi pour quelque chose…

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CORTON 2013

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Il est frais et tendre, doté de petits fruits croquants et gais. Sa nature profonde et épicée est à la fois simple et très joli. Épanoui, élégant et fin, il est long en bouche mais manque un peu de complexité aromatique. Pourtant l’équilibre est parfait.

Le meilleur moment pour le déboucher : 2018 – 2025

À carafer

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ECHEZEAUX 2013

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Le nez est timide et fin, puis il se déploie sur le palais avec fraîcheur et élégance. Les grappes entières apportent un caractère affirmé tout en finesse. Juvénile, épicée, long sur la matière avec des tanins très soyeux tel le satin cuir. L’aromatique reste encore en retrait mais il dispose déjà de la classe parfaite d’Audrey Hepburn.

Le meilleur moment pour le déboucher : 2019 – 2033 (au moins)

À carafer

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GRANDS ECHEZEAUX 2013

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Plus affirmé au nez, qui dévoile des notes de fraise fumée et plus de structure. En bouche il se montre en grand frère d’Audrey, frais, fin, avec plus de profondeur et de structure. Sa matière est exemplaire, les fruits mûrs, les tanins plus affirmés. Il associe en un clin d’œil un bel équilibre avec beaucoup de caractère. À la fois rustique et flamboyant, il m’a renvoyé l’image d’un gentleman bretteur de génie. Sa longueur et sa stature solide lui confèrent une belle longévité.

Le meilleur moment pour le déboucher : 2020 – 2035 (au moins)

À carafer

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ROMANEE-SAINT-VIVANT 2013

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Un bon vivant celui-là. Le nez est fruité, ludique, enjoué, chenapan, insouciant et plein de charme. En bouche il ne se fait pas désirer et parade avec fraîcheur sur une pointe d’amertume et de délicats arômes. Les tanins fins mais structurés se prolongent dans une finale épicée légèrement astringente. Bref, un ado encore un peu rebelle mais disposant d’une tête très bien faite. Comme dirait ma mère, il doit encore se faire les dents…

Le meilleur moment pour le déboucher : 2018 – 2033 (au moins)

À carafer

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RICHEBOURG 2013

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Le plus écossais de la ligue. D’abord on sent un peu d’encens, une certaine intensité. Puis il déploie avec aplomb une belle structure solide à la mâche fine, sans perdre de son élégance. Frais, dense, beaux et épanoui, il offre une aromatique entre finesse et affirmation, doté d’un très bel équilibre. Ce vin est parfaitement conté, tissé comme un tweed écossais qui tiendra imperturbablement tête aux aléas du temps du passe.

Le meilleur moment pour le déboucher : 2020 – 2040 (au moins)

À carafer

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LA TACHE MONOPOLE 2013

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On entre dans un univers élégant, fin, fumé, parfumé, floral, complexe, au fruit parfaitement épanoui. Dès la première goutte on est chamboulé, conquis. L’équilibre intrinsèque se dessine frais, très fin. Le fruit croquant, jeune et dynamique est souligné par des épices fines et une matière fabuleusement élégante. C’est précis, fougueux, racé, et a pourtant tout d’une grande dame. Délicat et abouti, voir totalement présent. Ce vin est à la fois très jeune et très sage, serré, vertical et généreux.

Le meilleur moment pour le déboucher : 2020 – 2040 (au moins)

À carafer

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ROMANEE-CONTI MONOPOLE 2013

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Les prémisses au nez sont intenses mais encore un soupçon rustique. Puis il se révèle.

Dense, puissant et élégant, il est très très long en bouche et se pose avec perfection. Superbement épanoui, encore jeune, délicat et d’une puissance parfaitement maîtrisée. Ce vin est un parfait exercice de style. Magnifiquement aristocratique, éduqué, cultivé, insouciant, solide, profond en légèreté et tellement fin. Brillant et de toute beauté.

Le meilleur moment pour le déboucher : 2020 – 2040 (au moins)

À carafer

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MONTRACHET 2013

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Le « petit » blanc de la ligue. Après toutes ces émotions, il vous ramène directe sur terre. Son nez toasté, grillé et croquant ouvre la danse vers une bouche ronde, beurrée, ample, où fleurs, pêche, abricot et une pointe anisée se chamaillent joyeusement. C’est gourmand, très joli, insouciant et long en bouche. Superbe et prometteur, mais encore très jeune.

Le meilleur moment pour le déboucher : 2018 – 2030

À carafer

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Evidemment, ces vins sont un luxe, et ce luxe est vertigineusement cher. Donc voilà une question qui tue mais que beaucoup (trop) de gens se posent : un vin aussi onéreux, faut-il le boire ??

Oui, et comment. Franchement, un vin de ce calibre est-il vraiment fait pour mourir dans une cave comme pur objet d’investissement spéculatif ? Evidemment que non. C’est même inacceptable et confirme que celui qui possède la bouteille n’a point la culture ni la correction d’honorer le travail exceptionnel accompli par le vigneron. En ce qui concerne son prix, il est tout simplement la preuve vivante de la folie des grandeurs de l’Homme, le vin lui n’y est pour rien, il est juste exceptionnellement bon.

Je maintiens et défends le principe que le vin est fait pour être bu. Et celui-là encore plus que les autres. D’ailleurs, je m’y attèle dès que je peux… ;P

Cheers !

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