Beaucastel refait chai neuf


Famille emblématique de Châteauneuf-du-Pape, les Perrin font parti de ceux qui font briller l’appellation aux quatre coins de la planète. Le domaine viticole, installé proche de Courthézon, a grandi au fil des décennies, tissant un corps bâti autour de la demeure historique, construite au 17ème siècle par Pierre de Beaucastel.

Ce qui frappe au château n’est pas une quelconque architecture spectaculaire, mais cet amour apparent pour les structures artisanales en bois et en vieilles pierres, simples et authentiques, qui rendent son atmosphère si particulière et chaleureuse.

Le vin y est, depuis toujours, une histoire de famille. Et comme dans toute histoire de famille, l’attachement sentimental à ce lieu et ces vignes rend certaines décisions plus difficiles que d’autres. Par exemple, quand il faut repenser le chai.

Si le travail de la vigne se fait depuis les années 1950 en bio, et depuis 1974 en biodynamie, la recherche de nouvelles techniques encore plus respectueuses n’est pas pour autant oubliée. La philosophie est simple : la révélation sans filtre, et sans artifices, de la beauté et du potentiel de leur terroir.

Il était prévisible qu’un jour il fallait commencer à prévoir l’adaptation des installations techniques aux challenges de demain. Mais pas à n’importe quel prix. « Il ne faut presque rien changer ! » statuait donc Jean-Pierre Perrin.

Pour y arriver, la famille a lancé un concours d’architecture peu habituel. Réalisé avec l’aide de la plateforme BAM!, une start-up dont le but est de réconcilier le français avec l’architecture et le patrimoine, celui-ci s’est révélé passionnant et a fait éclore un projet très original.

IMG_9653.jpg

Sur 290 candidatures venues de 35 pays, 10 finalistes ont présentés leurs projets. Le projet lauréat a été proposé par une agence indienne, le Studio Mumbai. Fondé par Bijoy Jain, leur approche se condense en une phrase : « L’architecture n’est pas une question d’image, mais une question de sensibilité. » Leur travail, basé sur l’objectif de montrer l’authenticité des bâtiments qui surgissent d’un processus de dialogue collectif et d’un échange mutuel de connaissances, a trouvé une belle résonance dans le souhait de la famille Perrin d’allier à la fois le luxe non-ostentatoire à une véritable réflexion écologique et un savoir-faire paysan.

IMG_9647

Le projet se présente alors comme une savante combinaison entre le vernaculaire et le contemporain : « Si les principaux bâtiments du domaine seront conservés, le projet, conçu comme un prolongement de l’existant, prévoie l’excavation de nouvelles caves. La terre issue de cette excavation servira à la création des nouveaux bâtiments : les parties souterraines de l’extension seront construites en béton de site (mélange de chaux, de granulats locaux et de sable) et les bâtiments en surface seront réalisés en pisé (terre crue compactée). » Une autre originalité, l’utilisation de l’effet Venturi : « Il limite au maximum l’usage de la climatisation et les consommations d’eau. La ventilation se fera via un système naturel et innovant, à l’aide de puits provençaux et de bassins souterrains. »

Pour résumer, le nouveau chai fusionnera héritage artisanale et high-tech, mises au service d’une architecture à la fois enracinée dans son terroir et avant-gardiste, loin des chais clinquants qui fleurissent un peu partout en France.

Après un an de préparatifs, le projet entre actuellement dans sa deuxième phase. Les travaux débuteront à partir de janvier 2020, avec comme objectif d’être terminés pour les vendanges en 2021. Un calendrier très serré. Doté d’un budget de 10 millions d’euros, la famille Perrin compte laisser aux futures générations un outil à la hauteur de leurs ambitions. Vu les prémisses et les artisans qui vont travailler dessus, cela semble bien parti pour !

IMG_9649.jpg

IMG_9650.jpg