Rosé rebelle ! (un manifeste pour le rosé provençal nouvelle génération)


Il fait beau, il fait chaud, les vacances pointent le bout de leur nez et voilà que tout le monde parle rosé. Aujourd’hui associé à la légèreté de vivre, à l’insouciance estivale, à l’apéro et à une couleur bien souvent plus blanche que vraiment rosée, star au box-office des exportations, le rosé est partout – et pourtant en train d’opérer une véritable révolution silencieuse.

Si la Provence et ses grandes marques de rosé dominent le marché français – tout comme le marché mondial – et incarnent à la perfection une interprétation pâle et rafraîchissante, quoique peu originale de cette couleur, elles cherchent avant tout à créer un style signature au détriment de toute individualité. Force est de constater que pour le moment cette recette rencontre un franc succès. Mais arrêt sur image : imaginez que subitement, tous les vignerons fassent de même dans les autres couleurs et produisent en majorité un même type de rouge ou un même type de blanc. Serait-ce une idée séduisante sur le long terme ? Il est fort à parier que la réponse soit non.

Heureusement, il y a des « penseurs de travers » et ces dernières années ont vu émerger de plus en plus de vignerons et vigneronnes talentueu.x.ses qui offrent une facette beaucoup plus nuancée, originale, et parfois rebelle du rosé.

Grâce à eux, cette couleur est en train d’accomplir sa mue de chrysalide en papillon capable de surprendre, ravir, et de s’associer non seulement aux mets les plus simples mais également aux plus exquis et délicats, ramenant dans le verre tout l’imaginaire de la lumineuse, subtile et évanescente Méditerranée.

Leurs mantra : s’affranchir aussi bien du dictat de la couleur pâle que de celui de la simplicité aromatique pour retisser le lien entre le lieu de naissance du raisin et nos sens.

Car oui, un rosé peut être tout à fait autre chose que simplement oubliable ou stéréotypé.

Il n’a pas non plus besoin d’être du dernier millésime. Au contraire : les plus beaux exemplaires développent avec la garde des parfums incomparables et tout à fait différents de l’univers des blancs et des rouges, partant sur les agrumes confits, le cake au fruits secs, les notes de pain d’épices et de compote de coing, d’amande amère et de safran, sans oublier de délicieuses notes florales et poivrées.

Le hic : ne rentrant pas forcément dans le rang des couleurs pâlichonnes ni des plaisirs superficiels, ce type de rosé se retrouve pénalisé aussi bien par les acheteurs pros que par une grande majorité d’aficionados qui font de la couleur et du dernier millésime leurs seuls repères d’achat. La qualité dans tout ça ? Devenue malheureusement secondaire.

Ce marché étriqué du rosé, peu enclin à s’intéresser à une nouvelle facette, est la raison principale pour laquelle ce style nouvelle génération reste pour le moment encore assez confidentiel et est donc parfois difficile à dénicher.

Pourtant, s’y intéresser est une porte ouverte sur la diversité du monde viticole, sur des visions différentes, sur des chemins de traverse. Mais pas seulement. C’est aussi une façon de découvrir que le rosé est une fête, capable de dérouler dans nos verres et sur nos papilles un magnifique nuancier, tout en finesse, en caractère et en profondeur.

Côté table, ces rosés rebelles s’accordent à merveille aux plats épicés, aux viandes blanches, aux poissons et aux fruits de mers. Langoustines, gambas, crevettes ou homards, saint-jacques, oursins, coquillages, poissons grillés ou crus en chirashi, poulpes rôties à l’ail, poulets rôtis au fruits secs ou escalopes de veau, agneaux de sept heures aux herbes de Provence, omelettes à la truffe ou tajines marocaines, voire currys indiens, cuisine chinoise épicée ou cuisine étoilée Michelin, ces rosés de caractère s’adaptent avec bonheur et s’embellissent très souvent en accord avec des mets parfois surprenants.

En Provence, ils viennent pour la plupart des plus petites appellations qui, afin de mieux pouvoir préserver leur individualité, sont restées indépendantes par rapport au CIVP (Conseil Interprofessionnel des Vins de Provence). Elles se distinguent notamment par leur encépagement et leur terroir. Mais pas que.

Ces appellations ont également toutes, sans exception, un très fort engagement vers le bio, avec souvent plus de 50% de la surface viticole certifiée (la moyenne nationale est à 9%). Cassis, Les Baux-de-Provence et Bellet sont certifiés à 90%. Palette, Pierrevert et les Hautes-Alpes sont en route pour y arriver. Bandol, plus grand, est largement au dessus de la moyenne nationale et nombre de domaines sont actuellement en conversion bio. Un point important qui mérite d’être souligné et salué, car témoignant du fort attachement de toutes ces appellations à une identité territoriale et de leur désir de protéger non seulement un patrimoine naturel exceptionnel, mais leur individualité très fortement mise à l’épreuve par une mer de rosés qui tend à tout submerger et prendre d’assaut l’imaginaire du consommateur.

Voici donc une sélection de rosés provençaux hors sentiers battus, la plupart en bio ou en biodynamie, capables de rivaliser avec n’importe quel vin blanc ou rouge. Invitez vos ami.e.s, sortez les verres et les couverts, apprêtez vos tables, mijotez vos plats estivaux préférés. Les rosés rebelles arrivent.

Le rosé est mort. Vive le Rosé !


CHAPITRE UN : AOP BANDOL

Les rosés de Bandol ont du chien. Cela tient essentiellement au fait qu’ils contiennent un pourcentage plus ou moins élevé du cépage mourvèdre (de 20% à 95% de l’assemblage final). Venu d’Espagne pour finalement prendre racine dans cette extraordinaire terre d’accueil qu’est cet amphithéâtre vallonné ouvert sur la grande bleue, ce raisin noir à peau épaisse donne une structure incomparable au rosé. Il lui confère non seulement un caractère expressif et nuancé mais également une belle capacité de garde (et là je ne parle pas d’une garde de quelques mois, mais bel et bien de quelques années au minimum). Mais comme pour les rosés d’ailleurs, ceux de Bandol sont souvent bus trop jeunes et bien avant qu’ils n’aient eu le temps de laisser s’épanouir toute l’étendue de leur talent. Les plus intéressants ont tous un point en commun : le mourvèdre domine au minimum 50% de l’assemblage !


Domaine de la Tour du Bon – Rosé 2018 – AOP Bandol – bio

Agnès Hocquard-Henry bichonne son vignoble et y produit des vins élégants et proches du terroir, quittant parfois les sentiers battus pour créer des micro-cuvées originales. Si son rosé débute tout en tendresse et sur le pamplemousse confit, il prend rapidement du volume en bouche pour s’affirmer sur une finale gourmande et légèrement épicée.

Secret de service : servir à 12°C / capacité d’embellissement minimum en cave = 5 ans

Prix public TTC (départ cave) : 17,00 € / 75cl

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Domaine de Terrebrune – Rosé 2018 – AOP Bandol – bio

Reynald Delille pratique l’aïkido tout en menant ses vignes avec sensibilité. Le domaine est connu depuis longtemps pour ses vins qui vieillissent admirablement bien et qui sont à l’image de leur vinificateur, attachants et timides. Le 2018 est joliment dessiné, précis, filigrane, un rosé tout en dentelle qui est encore sur la réserve. La garde lui donnera d’avantage d’ampleur et de complexité. Carafez-le pour engager la conversation : une fois pris l’air, il sera passionnant à écouter.

Secret de service : servir à 12°C / capacité d’embellissement minimum en cave = 5 ans

Prix public TTC (départ cave) : 17,50 € / 75cl

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Domaine Les Luquettes – Rosé 2018 – AOP Bandol – pas en bio certifié mais une viticulture remarquablement soignée

C’est une histoire de femmes. Pas très enclins à céder à chaque mode technologique qui passe, Elisabeth Lafourcade et sa fille Sophie cultivent leur vignoble à l’ancienne : en sélection massale et en greffant sur place. Puisque cela implique de prendre le temps pour observer attentivement chaque pied de vigne, elles les connaissent dans leurs moindres détails. Elles s’occupent également de poules, de paons, de chats et de leur chien. Sans parler des moutons qu’elles accueillent au printemps afin de dompter l’herbe qui pousse entre les rangs de vigne. Une famille attachante qui vinifie des vins attachants. Leur rosé est tout simplement à croquer : framboise, groseille, pêche et agrumes se posent sur une structure fraîche et gourmande. Beau maintenant, il sera encore meilleur en 2020.

Secret de service : servir à 12°C / capacité d’embellissement minimum en cave = 3 ans

Prix public TTC (départ cave) : 13,00 € / 75cl

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Château de Pibarnon – Nuances – Rosé 2016 – AOP Bandol – en conversion bio

Eric de Saint Victor cultive l’art de vivre comme il cultive celui de la vigne – avec réflexion et un esprit aventurier. Commercialiser en 2019 un rosé du millésime 2016 en est la meilleure preuve. Du haut de ses trois ans d’âge, ce rosé affiche une fraîcheur et une jeunesse gourmande qui lui donnent l’allure d’un jeune premier. Généreux, fin, l’aplomb et l’équilibre harmonieux convainquent et intriguent, donnant envie de cacher une caisse de douze dans sa cave pour ressortir chaque année une bouteille et voir quelle direction il est en train de prendre. Somme toute, un rosé aristocratique et délié qui mine de rien est fait pour épouser les mets les plus délicats.

Secret de service : servir à 12°C / capacité d’embellissement minimum en cave = 8 ans

Prix public TTC (départ cave) : 28,00 € / 75cl

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Domaine de la Bégude – L’Irréductible – Rosé 2018 – AOP Bandol – bio

Guillaume Tari est un libre penseur, une sorte de brigand du rosé installé sur le point le plus haut de l’appellation avec une vue imprenable sur la mer. Si la propriété fait 500 hectares de nature sauvage, seulement 25 sont dédiés à la culture de la vigne. Les terrasses s’éparpillent alors au beau milieu d’une garrigue verdoyante et parfumée. Son rosé, le plus coloré de l’appellation, crée régulièrement débat avec sa robe framboise étincelante. Toujours est-il : millésime après millésime l’irréductible épate. Il transgresse les modes et s’affirme comme un splendide rosé de garde. Avec ses arômes de framboise, de fraise écrasée, de fruit de la passion, long sur les notes épicées et florales, il n’oublie pas pour autant la fraîcheur intrinsèque qui caractérise le beau terroir où il est né. Prometteur, splendide, rebelle. A ne pas ouvrir avant 2020.

Secret de service : servir à 12°C / capacité d’embellissement minimum en cave = 8 ans

Prix public TTC (départ cave) : 26,00 € / 75cl

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Domaine Marie Bérénice – Rosé 2015 – AOP Bandol – bio

Malgré son caractère timide Damien Roux commence à imposer sa patte. Dans son chai de poupée il vinifie des cuvées qui commencent à rivaliser sérieusement avec les stars de l’appellation. Si l’homme très discret n’aime pas trop se mettre en avant, ses vins le font désormais pour lui, comme le prouve ce rosé. Expressif et complexe, les petits fruits à eau-de-vie font leurs gammes en compagnie de fraise confite, amande amère et notes iodées. Une magnifique évolution et un rosé complet, très élégance et absolument délicieux.

Secret de service : servir à 12°C / capacité d’embellissement minimum en cave = 4 ans

Prix public TTC (départ cave) : 16,00 € / 75cl

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Clos du Cas – Rosé 2011 – AOP Bandol – pas en bio certifié mais une viticulture tout comme

Ce minuscule domaine de deux hectares, dont un de vignes, est caché au fond d’une impasse. Noyée dans la nature, entouré de bosquets, on y croise plus facilement un sanglier qu’un passant. C’est le royaume d’Arnaud Pelegry. La belle maison, dotée d’une piscine digne d’un décor de film des années 1950, abrite un chai minuscule où sont produits au maximum 3000 bouteilles par an. Quasi toutes sont rosés. Ce 2011 dévoile la beauté du temps écoulé : le fruité confit est accompagné de mirabelle, abricot et pêche, de petits fruits à eau-de-vie, zeste d’orange et amande amère, notes de safran. Un univers gustatif accompli pour un vin étonnant qui fait voyager dans le temps.

Secret de service : servir à 12°C / capacité d’embellissement minimum en cave = 4 ans

Prix public TTC (départ cave) : 35,00 € / 75cl

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Domaine La Suffrène – Sainte-Catherine – Rosé 2015 – AOP Bandol – en conversion bio

Si Cédric Gravier adore sillonner l’appellation en perfecto sur sa vieille bécane, il n’est pas moins l’homme de la situation et gère ce domaine familial avec un esprit rock’n’roll et un sens inné de l’accueil. Grâce à son grand-père qui connaissant chaque parcelle du bout de ses doigts, le pourcentage de vieilles vignes est ici remarquable, véritable patrimoine de l’appellation. Cela se reflète non seulement dans les rouges et les blancs, mais également dans les rosés. Le 2015 est distingué, frais, tout en dentelle : une chrysalide devenue papillon. Orange et fraise confites, notes salines et miellées, l’évolution harmonieuse continue à faire son œuvre, donnant de plus en plus de profondeur à ce rosé qui dynamite allègrement les standards du rosé piscine.

Secret de service : servir à 12°C / capacité d’embellissement minimum en cave = 6 ans

Prix public TTC (départ cave) : 18,00 € / 75cl

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CHAPITRE DEUX : AOP BELLET

Que l’appellation Bellet soit si peu connue est en fait un paradoxe. Certes toute petite avec ses 60 hectares de vignes et sa dizaine de vignerons, elle est pourtant toute proche d’une des villes phares de la côte d’Azur : la belle cité de Nice. Les milliers de touristes qui se prélassent chaque saison sur les plages et dans la vieille ville semblent tout autant ignorer l’existence de ce vignoble que le hipster parisien. Pourtant, il y a de quoi s’y intéresser : deux magnifiques cépages autochtones qui ne poussent qu’ici – le braquet et la folle noire – imprégnant le vin d’un style quasi italien, entre fraîcheur et structure. Le terroir ici est également très original, nommé poudingue (= pudding) tant le sable et les galets ont été comprimés et ressemblent au dessert préféré des anglais. Sans mentionner un vignoble planté tout en terrasses raides, travaillé à la main. Le rosé d’ici est très fortement marqué par le braquet qui lui donne un corps joliment enrobé et de délicieuses notes de vieille rose.


Domaine de la Source – Rosé 2018 – AOP Bellet – bio

La famille Dalmasso gère ce petit coin de paradis. Les terrasses descendent la colline en vagues bordées d’oliviers et offrent une vue imprenable sur la montagne toute proche. Eric et sa sœur Carine vinifient dans leur tout petit chai des vins qui, année après année, gagnent en précision. Leur rosé en est la preuve liquide. Ce 100% braquet est d’une grande pureté d’expression : vieille rose, épices douces, notes iodées et d’agrumes et une fine amertume se posent sur une texture joliment enrobée et généreuse.

Secret de service : servir à 12°C / capacité d’embellissement minimum en cave = 5 ans

Prix public TTC (départ cave) : 19,00 € / 75cl

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Clos Saint Vincent – Le Clos – Rosé 2018 – AOP Bellet 2018 – biodynamie

Quand on se ballade avec Joseph Sergi, alias Gio, en 4×4 dans son vignoble, il faut avoir le cœur bien accroché. La vigne, organisée en terrasses étroites épousant les courbes de la colline, ne laisse guère de place pour de fausses manœuvres, que ce soit en voiture ou en viticulture. Le vent léger qui y souffle été comme hiver tempère les ardeurs du soleil et ralentit le mûrissement des raisins, permettant à Gio d’élaborer année après année des cuvées entières, précises et audacieuses. Le rosé Le Clos, un pur braquet, est la plus belle expression de rosé de l’appellation. Avec ses notes florales, salines, de zeste d’orange amère, il se fait filigrane et tout en finesse. Un grand rosé de gastronomie, qui sera d’autant plus complexe et beau avec quelques années de garde. Absolument splendide !

Secret de service : servir à 12°C / capacité d’embellissement minimum en cave = 10 ans

Prix public TTC (départ cave) : 24,00 € / 75cl

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CHAPITRE TROIS : AOP CASSIS

Si Cassis est surtout connu pour ses paysages spectaculaires, les calanques toutes proches, ses vins blancs et son petit port pittoresque, on y produit également – en minuscules quantités – de très beaux rosés. Si dans cette couleur le mourvèdre est autorisé par le cahier des charges, il joue pourtant un rôle mineur : le grenache noir et le cinsault dominent les rosés. Ceci s’explique par un terroir fondamentalement différent de celui de Bandol, pourtant juste à côté. Ici, le vignoble de seulement 250 hectares surplombe immédiatement la baie de Cassis et profite pleinement des embruns marins. Ceci combiné à un sol à dominante calcaire et un microclimat frais, il n’est point étonnant qu’ils réussissent à produire des blancs et des rosés frais et ciselés, et ce juste au bord de la Méditerranée. Aériens, salins, tout en dentelle, on dirait qu’ils enferment la lumière si particulière et évanescente du lever de soleil qui teint l’horizon de la mer en un nuancier de couleurs pastel.


Domaine du Bagnol – Tradition – Rosé 2018 – AOP Cassis – bio

Le domaine a beau être un petit bijou viticole familial fondé en 1867, il est résolument moderne. La vigne, située en plein cœur du village de Cassis avec vue sur le majestueux Cap Canaille, est choyée par Sébastien Genovesi et sa femme Lisa qui y vinifient des cuvées goûteuses et généreuses. Leur rosé croquant qui, avec sa pureté fraîche signe le terroir et fait claquer la langue, se dessine comme une brise de mistral parfumée à la groseille, à la fraise et au brugnon.

Secret de service : servir à 10°C / capacité d’embellissement minimum en cave = 2 ans

Prix public TTC (départ cave) : 15,50 € / 75cl

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Clos Sainte Magdeleine – Rosé 2018 – AOP Cassis – bio

Il n’y a guère plus bel endroit au monde. Un terroir spectaculaire, tout en restanques accrochées à flanc de montagne. Le dénivelé impressionnant offre une vue imprenable sur la grande bleue et la baie de Cassis. L’élégance de leurs vins est forgée par le vent, le sol, la mer, le soleil. Leur rosé ne fait pas exception : d’une pureté énergique et iodée, il a la gueule de l’endroit où il est né. Long, léger, ancré et aérien à la fois, son aromatique se tisse en filigrane et se conte comme le scintillement de la mer.

Secret de service : servir à 10°C / capacité d’embellissement minimum en cave = 4 ans

Prix public TTC (départ cave) : 17,00 € / 75cl

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CHAPITRE QUATRE : AOP LES BAUX DE PROVENCE

Que ceux qui n’ont jamais mis un pied dans ce coin irrésistible y remédient immédiatement. Un paysage de roches calcaires creusées par le vent, une nature sauvage et préservée, des champs d’oliviers, à perte de vue parsemés de vignes et de garrigue. Un peu en retrait par rapport à la mer, ce ne sont pas les plages qui attirent mais la beauté de la nature, une huile d’olive superbe et des domaines viticoles bucoliques. Côté vin, le rouge domine. On y trouve évidemment aussi des rosés, mais même si c’est en train de changer leur production reste pour le moment plutôt confidentielle, ce qui n’est pas plus mal.


Mas de la Dame – Bois de Rose – Rosé 2017 – AOP Les Baux de Provence – bio

Si le domaine peut certes s’enorgueillir d’avoir été peint par Van Gogh et cité par Simone de Beauvoir, son plus bel atout demeure le vin. Aujourd’hui dirigé par deux sœurs, Caroline Missoffe et Anne Poniatowski, les vins s’imposent comme une des plus belles expressions de l’appellation, alliant texture et légèreté avec beaucoup d’élégance. Pour le bois de rose elles ont joué la différence : issu d’une récolte plus tardive pour aller chercher une maturité plus poussée qu’habituellement pour un rosé, élevé 12 mois comme un blanc, il affiche un beau profil complexe et original. Un rosé hors sentiers battus, qui saura s’embellir en cave et qui est fait pour briller à table.

Secret de service : servir à 12°C / capacité d’embellissement minimum en cave = 5 ans

Prix public TTC (départ cave) : 13,50 € / 75cl

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Baumanière – L’Affectif – Rosé 2018 – AOP Les Baux de Provence – biodynamie

Jean-André Charial, grand chef et l’homme du célèbre Relais et Châteaux L’Oustau de Baumanière, est depuis longtemps un amoureux de bonnes bouteilles. Faire du vin est en revanche une passion bien plus récente. Si l’envie de vinifier lui a été insufflé par Jacques Puisaye, il fait d’abord revivre le terroir de Romanin avant de racheter 2 hectares de vigne pour y produire, de façon confidentielle, quelques milliers de bouteilles de haut vol, dont ce très beau rosé. Minéral, tendu, tout en filigrane, il se dessine en ligne claire pour se terminer sur une finale fraîche et saline. Un superbe exercice de style révélant toutes les nuances dont est capable ce terroir.

Secret de service : servir à 10°C / capacité d’embellissement minimum en cave = 3 ans

Prix public TTC (départ cave) : 16,00 € / 75cl

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Domaine Hauvette – Petra – Rosé 2016 – AOP Les Baux de Provence – bio

C’est indéniablement l’un des domaines les plus entiers et sincères de la Provence. Dominique Hauvette dompte la vigne comme elle dompte ses 40 chevaux : avec patience et persévérance. Loin des considérations commerciales, la vinification se fait avec douceur, souvent en œuf béton et toujours en levures indigènes, pour faire parler le raisin plutôt que la main de l’homme. L’intuition de Dominique fait ressortir des expressions ancrées, vibrantes et originales, faites pour durer. La cuvée Petra vient seulement d’être mis en vente, mais c’est assurément un des plus beaux rosés de Provence. Le fruit rouge est mis à l’honneur, épices poivrées et épices douces lui donnent du caractère, fraîcheur et un beau volume une allure folle. Un beau rosé sensible qui traduit une écoute parfaite du raisin.

Secret de service : servir à 12°C / capacité d’embellissement minimum en cave = 10 ans

Prix public TTC (chez le caviste) : 25,00 € / 75cl

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CHAPITRE CINQ : AOP PALETTE

Juste aux portes de la ville d’Aix-en-Provence se cache un minuscule vignoble d’une quarantaine d’hectares à peine. Avec seulement 4 domaines viticoles, c’est une des appellations les plus petites de France, née en 1948 grâce aux efforts de la famille Rougier (Château Simone) qui souhaitait faire reconnaître ce terroir exceptionnel. Son microclimat frais ralentit les maturations des raisins et permet non seulement d’élaborer des vins secs, mais également de faire des vendanges tardives. Toutefois, aujourd’hui la production est quasi exclusivement dédiée au vin sec. Un point intéressant : chacun des quatre domaines révèle une interprétation très différente du terroir, donnant non seulement une grande diversité aux expressions de rouge et de blanc, mais également au rosé. Si le Château Simone, le plus ancien du secteur, demeure le plus intéressant, c’est certainement grâce à l’encépagement de son vignoble : on y trouve un véritable patrimoine de cépages qui ont quasi disparu de bon nombre d’autres vignobles du sud. Et cela fait toute la différence.


Château Simone – Rosé 2018 – AOP Palette – en conversion bio

Même s’il n’est en conversion bio que depuis peu, cela fait très longtemps que le domaine le pratique. Château le plus célèbre du secteur, siège de la famille Rougier depuis près de deux siècles, ses tours dépassent des cimes des arbres comme les oreilles d’un chat caché dans la forêt. Situé à environ 200 mètres d’altitude sur un versant nord protégeant la vigne de la force du soleil et du mistral, le véritable trésor du domaine est sans doute leurs nombreuses très vieilles vignes, bichonnées par une viticulture respectueuse. Le vin, élevé dans des caves voûtées creusées dans la roche par les moines Grands Carmes d’Aix au XVIe siècle, est facilement sous-estimé dans sa jeunesse. Les vins, y compris le rosé, ne se révèlent qu’au bout de quelques années de garde. Donc : mieux vaut les garder en cave quelque temps. Le rosé 2018 affiche une matière filigrane et une fraîcheur qui souligne une grande délicatesse aromatique. Mais sous cette finesse qui pourrait être confondu avec la simplicité, se cache un ancrage très solide, capable de défier le temps. Trop jeune pour le moment, mieux vaut le garder au minimum encore deux ans avant de le déboucher.

Secret de service : servir à 12°C / capacité d’embellissement minimum en cave = 10 ans

Prix public TTC (départ cave) : 24,00 € / 75cl

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Château Henri Bonnaud – Quintessence – Rosé 2018 – AOP Palette – bio

Le volubile et espiègle Stéphane Spitzglous, enfant du pays et travailleur forcené, s’applique à la vigne comme au chai et on prend beaucoup de plaisir à découvrir ses vins. Si à ses débuts la production partait à la coopérative, aujourd’hui il met tout en bouteille au domaine, une fierté pour lui. Le terroir d’éboulis calcaires est typique de l’appellation Palette et lui permet de vinifier des cuvées à la fois classiques et modernes. Son Quintessence rosé est vinifié en barriques, comme un blanc de noir (vin blanc issu de raisins noirs). Croquant, épicé, il est tout de pureté vêtue. Notes d’agrumes et une touche minérale sont soulignées par une fraîcheur sophistiquée qui fait de lui un beau rosé de gastronomie.

Secret de service : servir à 10°C / capacité d’embellissement minimum en cave = 5 ans

Prix public TTC (départ cave) : 24,00 € / 75cl

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CHAPITRE SIX : LES BEAUX INCONNUS

Si les 5 appellations précédentes sont plus ou moins (re)connues, d’autres secteurs bien plus confidentiels produisent également des rosés qui valent le détour. Au nord de la Provence, on trouve l’AOP Pierrevert (autour de Manosque) et l’IGP Hautes-Alpes (autour de Théüs), qui longent tous les deux les bords de la Durance et se situent dans une zone certes très ensoleillée, mais au climat nettement plus continental. Faire du vin ici est moins aisé, notamment à cause du gel tardif qui y arrive bien plus souvent que sur d’autres secteurs de la Provence.

Il y a également les vignerons qui produisent la totalité de leurs vins en IGP et sont donc bien moins visibles, notamment à cause d’un manque total de communication de la part de l’interprofession qui est censé défendre leurs intérêts et leur offrir une plus grande visibilité collective, mais qui ne le fait pas ou bien trop peu (relevons tout de même que depuis 2018 il semble y avoir une amorce de changement. Espérons que cela continue…). Alors trouver ces vins relève de la chance. On peut les dénicher au détour d’un hasard ou grâce à la curiosité, que ce soit celle du consommateur ou celle du professionnel qui quitte le chemin des AOP pour explorer les autres facettes de la Provence viticole. Soyons clair : que ce soit en IGP ou en Vin de France, on y trouve des bijoux de rosés qui n’ont rien à envier à ceux en AOP.

Voilà une minuscule sélection qui ne rend point justice à la diversité de cette catégorie, mais qui a le mérite de vous donner quelques pistes à explorer !


Château Saint Jean Lez Durance – Les Quatre Reines – Rosé 2018 – IGP Alpes de Haute Provence – bio

Depuis 5 générations, la famille d’Herbès cultive la vigne avec passion. Le château leur appartient depuis 1754, mais l’activité viticole n’a débuté qu’en 1880 quand Henri d’Herbès, professeur de droit, décide de passer à la viticulture. Ne faisant pas les choses à moitié, il crée une cave étonnante : foudres en chêne de Russie, système ingénieux de convoyage du raisin par wagonnet sur rail, pressoir actionné par la vapeur. Si peu d’outils de l’époque ont survécu, ce domaine riche en histoire produit en revanche une toute aussi riche palette de cuvées au superbe rapport qualité-prix. Le rosé les quatre reines mets en lumière la complémentarité de quatre cépages : cinsault, grenache noir, roussanne et syrah. A la fois gourmand et tendu, associant une touche de tarte à la fraise aux notes de pureté saline, il est long, enrobé, bien conté. Un beau rosé de gastronomie.

Secret de service : servir à 10°C / capacité d’embellissement minimum en cave = 5 ans

Prix public TTC (départ cave) : 13,90 € / 75cl

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Domaine de La Blaque – Tradition – Rosé 2018 – AOP Pierrevert – bio

A proximité de Manosque, le domaine s’étend à flanc de coteaux sur les contreforts du Luberon. Gilles Delsuc et son épouse le gèrent avec brio et impriment leur patte expérimentée aux cuvées. Si le terroir argilo-calcaire est un classique de la Provence, l’influence climatique en revanche change la donne : bien plus continentale, elle offre non seulement des différences de température jour-nuit très intéressantes pour l’équilibre maturité-acidité des raisins, mais permet également une vendange plus tardive, vers la fin septembre, assurant ainsi une longue et progressive maturation des raisins. Cela se reflète également dans ce beau rosé vinifié comme un blanc. Gourmand, tendre, il a du corps et affiche pamplemousse, herbes aromatiques, notes épicées et des accents de tarte à la pêche. En voilà un qui saura aussi bien s’adapter à table qu’aux apéritifs.

Secret de service : servir à 10°C / capacité d’embellissement minimum en cave = 2 ans

Prix public TTC (chez le caviste) : 9,90 € / 75cl

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Domaine du Petit Août – New Rose – Rosé 2018 – IGP Hautes Alpes – bio

Yann de Agostini est un vigneron attachant et très pointu qui adore faire comme ses vins : imposer sans s’imposer. Originaire de ce coin de haute montagne, il retourne s’y installer en 2009. Sur ce secteur qui reste encore très fortement imprégné par une mentalité montagnarde, l’acquisition de terres reste compliquée si on ne fait pas partie de la famille. Même les terres en friche restent inexploitées, sait-on jamais. Sur le coup, les 6,5 hectares de vignes se retrouvent répartis sur pas moins de 22 parcelles dispersées sur 4 communes. Travaillant en bio depuis 2013, certifié depuis 2017, Yann met toute son attention sur un travail de qualité et sur l’écoute de son terroir. Dans son petit chai, improvisé dans une bâtisse traditionnelle, il vinifie avec simplicité et sincérité. Même les étiquettes sont encore collées à la main. Côté rosé, il est issu du mollard, cépage autochtone parfaitement adapté à la rudesse climatique des Hautes Alpes. Le résultat est un vin tout en ampleur, long et expressif, qui retranscrit ce cépage un brin rustique avec une profondeur peu habituelle. Incontournable pour tout amoureux d’originalité.

Secret de service : servir à 10°C / capacité d’embellissement minimum en cave = 2 ans

Prix public TTC (chez le caviste) : 9,00 € / 75cl

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Domaine Saint-Joseph – Anagramme – Rosé 2018 – IGP Alpes Maritimes – biodynamie

Au détour du magnifique village de Tourette-sur-Loup, perdu dans les collines proche de Saint-Paul-de-Vence, il faut prendre une petite route étroite et dévaler la colline pour arriver à ce domaine en taille de mouchoir de poche, composé de 2,36 hectares de vignes et de 1 hectare d’oliviers. Julien Bertaina est aux manettes depuis 2011, mais c’est son père, en 1991, qui a lancé l’aventure en plantant des vignes sur les terres familiales. Longtemps considéré comme hobby familial, Julien en a fait une activité à temps complet en quittant son travail d’ingénieur en aéronautique en 2008. La qualité de leurs vins prouve qu’il a eu raison. L’Anagramme est encore timide, frais et nerveux, offrant une aromatique filigrane autour d’accents salins, de framboise et d’agrumes. Avec un peu de garde, il gagnera en ampleur et profondeur.

Secret de service : servir à 12°C / capacité d’embellissement minimum en cave = 5 ans

Prix public TTC (départ cave) : se renseigner au domaine

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Domaine des Masques – Essentielle – Rosé 2018 – IGP Méditerranée – bio

Cette propriété qui remonte aux Templiers se cache à 500 mètres d’altitude. Très isolée sur un haut plateau de la Sainte-Victoire, sauvage, de nombreuses plantes médicinales poussent depuis toujours sur ces terres où plusieurs générations de guérisseurs, herboristes ou sorcières (Masco en provençal), ont vécu et pratiqué leurs activités. C’est en 2003 que la vigne s’y enracine pour la première fois, lorsque Carl et Sophie Mestdagh deviennent propriétaires de ce vaste domaine regroupant 200 hectares, dont seulement 25 de vignes. Le microclimat ensoleillé mais tardif, très venté, leur permet de faire des essais avec des cépages inhabituels pour le secteur, comme le viognier et le pinot noir. Les vins montrent tous un potentiel évident, mais aussi l’originalité de ce terroir qui se révèle grand et permet de mettre en bouteille des vins d’artiste.

Il y a quelque chose de vibrant dans ce rosé cristallin, parfait miroir du terroir rocheux et épuré de la Sainte Victoire. Salin, frais, minéral, une énergie joyeuse comme un ruisseau de montagne.

Secret de service : servir à 10°C / capacité d’embellissement minimum en cave = 2 ans

Prix public TTC (chez le caviste) : 8,40 € / 75cl

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Domaine Richeaume – Rosé 2018 – IGP Méditerranée – bio

Situé au pied de la montagne Sainte-Victoire, le domaine appartient à la famille Hoesch depuis 1972. Hans Hoesch, historien de formation mais ayant grandi sur une ferme, ne cherchait initialement pas à faire du vin, mais ensorcelé par ce lieu de toute beauté, il a fini par succomber à l’appel de la vigne. Dès le départ, il la cultive en bio afin de préserver l’écosystème de ce coin enchanteur, construit sur les bases d’une ancienne villa romaine. Aujourd’hui, son fils Sylvain élabore des vins qui impressionnent tant par leur potentiel de garde que par leur pureté d’expression.

Un rosé tout en gourmandise, aux agrumes, brugnon, épices. La rondeur s’associe à la pureté cristalline du terroir, donnant un bel élan de fraîcheur.

Secret de service : servir à 10°C / capacité d’embellissement minimum en cave = 2 ans

Prix public TTC (départ cave) : 15,00 € / 75cl

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Domaine Les Béates – Terra d’Or – Rosé 2015 – Vin de France – bio

Les vignes s’étendent dans l’arrière-pays aixois, morcelées sur des parcelles couvrant une multitude de terroirs, dont les meilleurs se situent sur les contreforts sud de la chaîne des Côtes. Pierre-François Terrat mène ici une viticulture engagée et qualitative, tout en cultivant le sens de l’accueil. S’il n’est pas dans la vigne ou à la cave, il n’est pas rare de le croiser dans le caveau du domaine, expliquant avec bonheur et fierté les différentes cuvées. La constance de qualité est un des points remarquables de ce domaine qui, de plus, participe tous les ans à l’élaboration d’une cuvée solidaire afin d’aider des confrères en cas de gel, grêle ou incendie. Un bel esprit. La gamme Terra d’Or exprime la quintessence du terroir, retranscrit sans concessions comme en témoigne ce surprenant rosé de saignée 100% syrah qui casse les codes des rosés évanescents. Tout en souplesse et en gourmandise, il affiche sans complexe des notes évoluées sur le zeste d’orange, le brugnon, la compote de pêche, la fraise des bois. Loin d’être fatigué, il snobe les effets de mode avec talent.

Secret de service : servir à 12°C / capacité d’embellissement minimum en cave = 6 ans

Prix public TTC (départ cave) : se renseigner au domaine

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2 réflexions sur “Rosé rebelle ! (un manifeste pour le rosé provençal nouvelle génération)

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