Primeurs à Bordeaux – Les Aurores du Millésime 2014



Il y a des premières fois que l’on n’oublie jamais, tant il y a de belles rencontres, de portes qui s’ouvrent, d’expériences vécues. Mes premiers Primeurs ont été fabuleux. Beaux comme les arbres en fleurs qui égayent les paysages en cette saison. Merci à tous ceux qui l’ont rendu possible. À ceux qui m’ont généreusement ouvert leurs portes bien en amont de la semaine de folie des dégustations collectives. Merci aux riches et enrichissantes discussions qui m’ont permis de mieux comprendre ce moment si crucial pour le bordelais et la place de ses châteaux et négociants sur le marché mondial du vin.

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Tout d’abord : que sont les Primeurs ?

N’ayant pas que des lecteurs pros, je préfère expliquer. Lors des Primeurs, le vin de la dernière vendange est vendu. Cela paraît simple, sauf que ces vins ne sont pas encore en bouteille, mais toujours en cours d’élevage. Basée entièrement sur une confiance mutuelle, c’est une pratique historique à Bordeaux qui remonte jusqu’au 18ème siècle. À cette époque, l’équipement technique et la taille des domaines ne permettaient pas toujours de stocker, ni de mettre les vins en bouteille au château. Une partie (pouvant aller jusqu’à la totalité) de la production était alors cédée à un tarif préférentiel « sortie de château » aux clients du domaine, souvent sur allocation.

Les négociants composent ce que l’on appelle « la Place ». Ils étaient, et sont toujours, de loin les plus grands acheteurs. À l’époque, ils acquéraient les barriques, qu’ils transféraient aussitôt dans leurs propres entrepôts pour y élever et mettre en bouteille les vins, généralement au bout de 18 à 24 mois. Cela représentait une immobilisation de valeur assez conséquente et demandait des finances solides. Sans parler d’un grand volume de vins stockés (vu le temps d’élevage il s’agit d’au moins de deux millésimes en même temps, voir trois) et donc le besoin de disposer de grands entrepôts. Ce sont en quelque sorte des brokers de vins, et ce sont eux qui, depuis toujours, fixent les prix de vente sur le marché. Ils sont par conséquence en partie responsables de la fluctuation des tarifs, ajustés selon la demande mondiale. Parfois ces prix peuvent laisser pantois (surtout si on compare avec les prix « sortie de châteaux »…), mais c’est justement dans cet écart que réside tout l’intérêt des Primeurs. Car les acheteurs peuvent gagner de véritables fortunes avec ce système. Cependant, depuis le début des années 2000, l’achat en Primeurs commence à montrer des faiblesses : sur certains millésimes le tarif « préférentiel » s’est avéré plus élevé que le prix effectif de mise sur le marché. Ce qui est problématique et crée une importante perte de confiance, avec ensuite une nette diminution des commandes lors des prochains millésimes, surtout si ceux-ci ont une réputation d’être médiocre…

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Vous l’auriez deviné, alors que les Primeurs sont mondialement connus et représentatifs de la réputation de Bordeaux, ils ne concernent en réalité qu’une toute petite partie des châteaux bordelais (on parle historiquement de 200 à 300). Car pour qu’un négociant/client prenne le risque d’acheter un vin qui n’est pas encore terminé, prenne en charge les frais de manutention et de stockage, le risque de la fluctuation de la demande entre le moment de l’acquisition et le moment effectif de la mise sur le marché, il souhaite en échange être assuré que son investissement lui rapportera à la fin un gain suffisant pour non seulement couvrir les frais, mais aussi dégager une marge qui lui permet de continuer à fonctionner en quelque sorte à crédit (et parfois s’acheter une Ferrari). Obtenir un prix de vente et une marge intéressants n’est possible qu’avec les châteaux les plus réputés de la région. Aussi, le négociant et le château fonctionnent en confiance réciproque, l’un assurant la pérennité de l’autre à travers un travail de qualité.

Aujourd’hui, ce fonctionnement est fondamentalement le même, avec la différence que désormais les vins achetés en Primeurs sont élevés au château et ne seront livrés qu’une fois mis en bouteille et prêts pour être vendus (mais pas forcément pour être bus). Le risque est identique, mais les coûts de vinification, immobilisation et mise en bouteille incombent désormais aux châteaux.

Hic numéro un : beaucoup de châteaux se privent de tout contact direct avec le consommateur final. Ne fonctionnant qu’avec des intermédiaires, ils n’ont qu’un rôle d’observateur de loin et se murent dans une confortable, et souvent inaccessible tour d’ivoire (à moins d’être allocataire). Ce qui a notamment contribué à la réputation quelque peu « snob » dont on affuble Bordeaux. Pourtant, la large majorité des bordelais est en réalité très accueillante. Il me semble qu’il y a un vrai travail d’image à revoir.

Hic numéro deux : les châteaux se remettent entièrement aux mains de leurs « représentants » (= négociants), sans se confronter eux-mêmes à la réalité des marchés et de leurs clients. Ce qui peut s’avérer problématique, notamment dans les millésimes difficiles. Et encore plus le jour où ce système commencera à vaciller. Sans avoir acquît par eux-mêmes une solide expérience de terrain, bien des châteaux pourraient regretter leur « réserve » sur ce point en temps de crise et ne pourront très bien jamais s’en remettre.

Hic numéro trois : certains châteaux et négociants de la Place de Bordeaux semblent être convaincus que l’augmentation des prix est une chose acquise année après année. Sans devoir se soucier de la qualité du millésime. Après avoir flambés depuis le début des années 2000, une partie des prix continuent à grimper alors que la demande mondiale a nettement baissée après trois millésimes difficiles consécutifs. Des quantités importantes de vins dorment dans les caves des châteaux et les entrepôts des négociants (qui commencent tous les deux à être à court de trésorerie). Mais au lieu de baisser les prix et revenir à des tarifs plus raisonnables, et on ne parle pas ici de brader les vins, certains sont assis sur leur réputation, privilèges et parfois monopoles de vente, comme un éléphant sur une fleur délicate. Dommage, car la fleur risque d’être durablement endommagée. Est-ce que rouler en Ferrari est un but en soi ou ne serait-ce pas plus raisonnable de se serrer la ceinture et retrouver d’attractivité sur un marché mondial de plus en plus compétitif ? Car de grands vins sont désormais produits partout dans le monde, et souvent à des prix bien plus abordables…

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Comment s’imaginer un vin en Primeur ?

Laissons les considérations économiques de côté et voyons ce qui est vraiment intéressant dans les Primeurs : le vin ! Un vin en Primeur est en quelque sorte un vin en gestation, comme le bébé dans le ventre de sa mère. On connaît ses parents : le cépage, le millésime et le vigneron. Cela fait un joyeux ménage à trois où chacun joue un rôle crucial et complémentaire par rapport à l’autre. Ensemble, ils définissent l’ADN du vin à naître.

À la date des Primeurs, ce vin sort tout juste de sa fermentation alcoolique (la transformation des sucres en alcool) et n’a pas forcément encore terminé sa fermentation malolactique. Kosaké ? Il s’agit de la transformation de l’acide malique (plus dure) en acide lactique (plus douce). Cela se fait naturellement et est toujours pratiqué sur les vins rouges, mais pas toujours sur les vins blancs (pour des histoires de style et de préservation d’arômes).

En élevage en barrique à cette époque, il y a aussi le fameux stade de la « prise de bois ». Le vin et le fût se chamaillent et échangent de façon plus ou moins amicales, avec parfois le vin qui prend le dessus, et parfois le fût. Ça dépend des jours. Ce n’est pas toujours très équilibré à ce stade, mais si le vin a suffisamment de caractère et de fond, il va remporter la victoire. Sinon cela s’appellera un jus de castor.

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Sans oublier que le plus souvent à Bordeaux il s’agit de vins d’assemblage. C’est à dire un savant mélange entre les jus de plusieurs cépages pour obtenir la bonne balance entre ce que chacun d’eux a de meilleur. Le charme et la rondeur du merlot, la structure et le sérieux du cabernet sauvignon, l’aromatique du cabernet franc, la couleur et la nervosité du petit verdot. Mais bon, en goûtant on a parfois l’impression qu’ils sont plutôt en train de se taquiner au lieu de grandir paisiblement ensemble. Comme pour un bon coq au vin, il faut leur laisser le temps de s’associer et trouver une harmonie commune.

Et ce n’est pas terminé : de temps à autre les arômes partent en vacances, histoire de laisser la structure de la maison se mettre en place pour ne revenir que pour la décoration. Ce qui peut parfois donner l’impression de siroter une maquette d’architecte plutôt qu’un jus de fruit fermenté.

Je pourrais rallonger la liste, mais ça va peut-être vous barber. Tout ça pour vous dire : un vin en Primeurs est un vin difficile à goûter, parfois encore plus difficile à cerner, toujours difficile à projeter dans le futur. Ça demande une grande expérience et beaucoup d’imagination de la part du dégustateur.

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Yves Beck en pleine réflexion…

Et justement le critique/journaliste de vin dans tout ça ?

C’est celui qui juge si la trilogie a fait son travail. Par contre, il ne peut en parler qu’au moment présent et devra alors projeter si la collaboration cépage/millésime/vigneron donnera naissance à un bel adulte. Comment fait-il ? Il goûte le vin et juge sa robe, son nez, sa texture, son ossature, s’il a un beau port de tête fièrement dressé vers le ciel ou si il s’affale sur un canapé dans un coin, si son caractère est élégant ou robuste, gracieux ou vulgaire, s’il a le regard tourné vers le futur, s’il a des idées claires ou confuses, s’il se projette loin ou au contraire, a envie de cramer sa jeunesse à coup d’accélérateur en se prenant des coups de soleil et toutes les allées de chêne sur son passage. Bref, beaucoup de responsabilités pour celui qui doit le déchiffrer et donner un verdict qui influera directement sur le comportement du marché du vin.

C’est compliqué tout ça… mais ne décourage point les plumes du monde entier. Motivés par le rêve inavoué de faire de l’ombre à Robert Parker (le critique de vin le plus influent des deux dernières décennies), ils arrivent en nombre et affûtent leurs stylos et claviers pour relever le challenge de celui qui aura publié ses notes en premier. J’exagère un peu, mais en fait pas tant que ça. Les châteaux, devant ce déferlement de dégustateurs plus ou moins avertis (mais dont l’avis est si décisif pour leur futur), se plient en quatre pour faire plaisir à leurs invités. Cela se matérialise dans des dîners fabuleux, débouchage de bouteilles de rêve, verticales des plus grands millésimes et visites en petit cercle du graal des graal. C’est presque enivrant et donne envie de ressortir du placard ses plus belles tenues. À vrai dire, pour ma première de Primeurs je m’étais parée de mon plus grand pull en laine version bergère en vacances et de mes bottes de pluie. Vous pouvez vous imaginer aisément que j’étais quelque peu en décalage dans le paysage des dégustateurs plutôt tirés à quatre épingles…

Mais quoi qu’il en soit, le moment crucial qui définit la réussite d’un millésime est la dégustation des échantillons. Et là, c’est le palais du dégustateur qui décide, peu importe s’il est journaliste, négociant, ou allocataire. Celui dont l’avis sera considéré comme le plus pertinent sera le plus suivi. Mais il n’y en a pas beaucoup dans le monde qui ont ce poids sur le marché et ils se comptent sur les doigts des deux mains.

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Neil Martin signe des autographes en fin de soirée…

Échantillons « spéciales Primeurs pour journalistes pigeons »

Pour revenir brièvement sur cette pratique que tout le monde pointe du doigt, je dois dire, après avoir dégusté en long et en large, qu’il me semble que cela reste tout de même une coutume anecdotique. Ceci dit, dès le premier jour je suis tombée sur un tel spécimen : rond, charmant, aboutit, visiblement à son apogée et prêt à boire, alors qu’il n’a à peine que quelques mois d’élevage. Un vrai champion !

La première réaction était de me fâcher, en râlant dans mon fort intérieur sur ce grand propriétaire qui prends très visiblement le dégustateur, et donc indirectement l’acheteur et le consommateur, pour de bonnes poires.

Mais au lieu de me laisser piéger dans une approche négative, j’ai décidé de faire autrement : aller chez les vignerons pour goûter à la fois l’échantillon préparé et goûter sur fût. Déguster un même cépage sur plusieurs barriques choisies au hasard est une excellente façon de non seulement comprendre l’assemblage final, mais aussi la qualité intrinsèque du millésime et des différents cépages entrants dans l’assemblage des vins de Bordeaux.

Cependant, cet exercice n’est absolument pas possible à grande échelle, car le nombre d’échantillons mis en dégustation pour les Primeurs est colossal. Il faut donc se résigner à quelques visites de domaines, pour ensuite se fier à la dégustation comparative d’un grand nombre d’échantillons. Ce qui permettra ensuite d’écarter des notations ceux qui ont l’air d’être trop beau pour être vrai. Comme la chirurgie esthétique : c’est niet !

Et pas la peine de faire une tête pareil, j'ai dit non !

Et pas la peine de faire une tête pareil, j’ai dit non !

Justement, ce fameux millésime 2014, comment est-il à Bordeaux ?

Vraiment intéressant, mais selon les châteaux nuancé en terme de qualité. Certains vignerons, mais pas tous, ont admirablement bien travaillé et produit des vins qui pourront égaler 2010. D’autres n’ont pas trouvé cet équilibre. La dégustation du millésime 2014 était donc très variable et donnera certainement lieu à des avis très diversifiés, les uns criant au génie, d’autres moins. Personnellement je trouve qu’il est un véritable challenge pour le marché, car loin d’être évident il demandera une interprétation de connaisseur pour révéler les pépites. Mais rassurez-vous, il y en a un bon nombre en 2014.

À l’origine de ce challenge ? La météo. Tout a bien commencé, avec un printemps plutôt précoce et une floraison de début juin qui se passe assez bien selon les endroits. Puis arrive juillet et les choses se gâtent. Des températures trop fraîches ralentissent le fonctionnement physiologique de la vigne, la pluie arrive et s’installe jusqu’à mi-août. La véraison (changement de la couleur des baies et initiation du processus de maturation du fruit) est retardé et devient hétérogène. Ces conditions et leurs conséquences requièrent un gros travail dans la vigne pour préserver l’état sanitaire et diminuer l’impact du ralentissement du murissement des baies, et ce dans toutes les appellations du bordelais. Puis miracle fin août, alors que les vignerons commençaient à désespérer. Le beau temps est de retour avec une superbe fin d’été et un très bel été indien jusque tard en octobre. Les vignerons ayant bien travaillé ont alors su tirer leur épingle du jeu. Les autres beaucoup moins.

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Sur ce millésime, j’ai tout entendu, pour toutes les appellations, allant de commentaires enthousiastes à plutôt déçus : « magnifique, celui-là a bien réussi… » « ah bon, tu trouves ? » Mais ce millésime n’est pas encore terminé : il est tout juste en train de naître.

Je persiste alors à qualifier ce millésime de challenge, car sur le fil entre très grand et pas grand du tout. Mais aujourd’hui, tout est encore possible, les jeux ne sont pas définitivement faits et établis. Au moins la moitié des vignerons sont toujours dans la course et j’ai sincèrement hâte de re-déguster tous ces vins afin de voir qui remplira sa promesse, qui fera mieux que prévu et qui se sera essoufflé sans franchir la ligne d’arrivée.

Les notes de dégustation

En fait, ce millésime contrarié montre les limites du système des Primeurs. Quelque part, les dégustations ont lieu trop tôt pour vraiment pouvoir comprendre et interpréter les vins. De plus, les conditions météo influençant le comportement du vin en élevage, il serait judicieux de placer cet événement à un moment où le temps sera plus clément et estival. À présent je comprends pourquoi Robert Parker préférait ces dernières années venir goûter plutôt en juin. Il laissait non seulement aux vins deux mois de plus pour trouver leur place et devenir réellement interprétable, mais aussi il les goûtait à une période météorologiquement plus favorable. Avec en conséquence des notations bien plus pertinentes. Peut-être une idée à creuser pour une future évolution des Primeurs ?

Ayant été à mon premier essai de cet événement, j’ai musardé un peu à droite et à gauche pour me faire une première impression : qui fait quoi, où, comment, etc. Dans le but de bien pouvoir m’organiser pour l’édition 2015. Cette fois-ci je n’ai donc pas fait un marathon de dégustation, mais je me rattraperais l’année prochaine, promis.

Et évidemment, il y a eu quelques vins fabuleux, d’autres avec un superbe rapport qualité/prix. Alors rien ne m’empêche de partager quelques unes de ces impressions avec vous. N’ayant que très peu dégusté rive gauche, les notes porteront essentiellement sur les vins de la rive droite. Si vous n’y voyez pas votre vin préféré, c’est certainement dû au fait que je n’ai tout simplement pas pu tout goûter, mais peut-être aussi que cet article deviendra sinon bien trop long.

Me semblant difficile de donner une note à un vin à ce stade d’élevage, je vais plutôt les différencier en catégories, plus sage et adapté peut-être… Aussi, je vais m’abstenir de donner des descriptions techniques à ce stade d’évolution, trop restrictives et de toute façon pas définitives. Les commentaires plus « pro de la dégustation » suivront plus tard dans l’année, une fois que les vins seront plus avancés et re-dégustés. Parler d’émotions et d’équilibre me semble plus à propos pour un vin à l’aurore de sa vie. Place à un peu de poésie.

***

Les coups de cœur

Ce sont ceux qui m’ont donné le plus d’émotion en les goûtant. Qui dépassent le carcan des notes chiffrées. De grands vins, tout simplement. Un bonheur indescriptible qui émane des papilles pour toucher le cœur. Et même pas besoin d’être parfaits, car la perfection technique n’est pas nécessairement ce qui est le plus émouvant.

Château Tertre Roteboeuf / Saint-Émilion Grand Cru

François Mitjaville est un artiste. Avec sa sensibilité à fleur de peau, il réussit à créer un vin rempli de poésie, d’une envergure telle qu’il dessine des arabesques de toute beauté dans l’imaginaire de celui qui le goûte. Un savant équilibre entre le fruit et la structure, une dimension tellement vivante et juste qu’il n’y a pour moi qu’un mot pour qualifier ce vin : Magique.

Château Les Carmes Haut-Brion / Pessac-Léognan

Guillaume Pouthier prend son nouveau rôle très à cœur et commence à montrer toute l’étendue de son talent. Le Carmes 2014 est renversant, comme le bateau à coque inversée qui est en train de prendre forme dans leur enclos. Ce vin d’une finesse exquise, très élégant, se pose gracieusement sur les papilles tout en gardant une fraîcheur et un fruité croquant, le tout paré de notes florales. C’est aussi délicat et profond qu’une belle nuit étoilée. What else ?

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Château Beauséjour / Saint-Émilion Premier Grand Cru Classé B

Nicolas Thienpont a réussi à révéler ce qui pour moi est l’archétype d’un grand Saint-Émilion classique. La première chose qui m’a surpris est cette sensation de caresse sur le palais. Un vin d’une grande tendresse, comme un câlin. Mais pas que. Il montre également un caractère affirmé tout en élégance. D’une belle subtilité, il est classe et dévoile une belle envergure en bouche. J’en veux un comme ça dans ma cave…

Château Simard / Saint-Émilion

Oups, lui ici ? C’est le petit de la famille Vauthier, propriétaire d’Ausone. Mais il est tellement équilibré, avec une magnifique trame et un fruité délicat, qu’il dévoile une longueur splendide en bouche. Certes pas aussi complexe que les trois précédents, il a pourtant réussi à me donner très envie de me barrer avec la bouteille en courant, tellement il est délicieux. Une vraie gourmandise, rempli d’une joyeuse sensibilité. Tout ce que j’aime !

***

Les grandes réussites 

Ils ont tous le potentiel pour devenir des coups de cœur, mais n’y sont pas encore totalement. Cependant, ces vins sont sans aucune hésitation parmi les plus remarquables de ce millésime et feront, à mon avis, le bonheur de ceux qui les achètent. Et le plus chouette est qu’il y en a pour tous les budgets !

Château Haut-Brion / Pessac-Léognan

Ma première fois. Et le moins que l’on puisse dire est qu’il tient sa promesse. Le résultat est un mariage savant et épanoui entre le Merlot et le Cabernet, les deux se complétant dans un équilibre parfait. Dense, souple, et d’une profondeur remarquable, il est encore en train de se construire, mais il a déjà tout d’un grand.

PS : leur blanc aussi est remarquable et joue dans la même catégorie que le rouge !

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Château Mangot Todeschini / Saint-Émilion Grand Cru

Quoi, vous ne connaissez pas encore les frères Todeschini ?? Il va falloir y remédier, car ces deux frangins progressent tous les ans de façon remarquable. Pas étonnant si on regarde de près le travail nuancé qu’ils accomplissent dans leur vignoble et le chai.

Ce 2014 est non seulement drôlement bien dessiné, il est aussi d’une grande complexité aromatique. Puis tellement juteux qu’on dirait que l’on croque un fruit frais. C’est superbe et largement à la hauteur de n’importe lequel des crus classés de l’appellation.

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Château La Voûte / Saint-Émilion Grand Cru

Un autre domaine qui mérite bien plus d’attention. Gaëtan Moreau sort de sa manche une vraie beauté 100% Merlot. Gourmand, charmeur et généreux, sans perdre de son élégance. Sa structure bien posée lui permettra d’aller loin dans le temps et de gagner en ampleur et dimension. Lui aussi est déjà largement à la hauteur des crus classés de l’appellation.

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Ausone / Saint-Émilion Premier Grand Cru Classé A

Un nom qui fait rêver les amateurs avertis. Heureusement qu’il ne se repose pas sur ses lauriers, mais se montre année après année d’une grande régularité en qualité exquise. À ce point, c’est presque un art en soi.

En dégustation le vin se montre timide, comme une belle jeune fille rougissante qui deviendra une splendeur mais qui n’a pas encore tout à fait confiance en elle. Un vin d’une extrême délicatesse, aérien et d’une grande élégance. Superbe.

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Domaine de Chevalier / Pessac-Léognan Graves Grand Cru Classé

Un élégant chevalier celui-là, tout drapé dans de chatoyants habits. Ce vin, soyeux et d’une trame délicate, m’a fait penser à de la mousseline satin. Pour le moment il est encore en train de chercher son chemin, mais son harmonie gracile est superbe à goûter. C’est aérien, fin, frais et structuré à la fois. Une fois sa jeunesse timide oublié ce vin sera de toute beauté.

PS : leur blanc est également superbe. Prenez les deux si vous pouvez.

Château Jean Faure / Saint-Émilion Grand Cru Classé

Olivier Decelle est en train d’accomplir un sacré travail dans la vigne, convertissant tout le domaine en bio. Chapeau ! Le vin s’en porte merveilleusement bien, tout en fruits noirs, de structure et de tannins d’une belle mâche fine. C’est dense, long, très équilibré et donnera un très beau vin de garde.

Domaine de Bourgneuf / Pomerol

La très sympathique famille Vayron appartient aux valeurs sûres de l’appellation. Dans leur chai est en train de naître un Pomerol d’un grand caractère, gourmand, profond, très long et bien dessiné. Densité et élégance se marient dans le verre et projettent un grand vin de garde. On pourrait presque être tenté de philosopher autour des barriques tout en le regardant grandir. Il deviendra une merveille.

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Château Larcis Ducasse / Saint-Émilion Premier Grand Cru Classé B

Un autre de l’écurie Nicolas Thienpont. Décidément, il travaille drôlement bien, même les millésimes peu évidents. Par rapport au Beauséjour celui-ci est plus structuré, dense, avec plus de gourmandise. Mais il n’oublie pas son élégance pour autant. Le tout se complète déjà harmonieusement et j’ai hâte de voir comment il goûte dans quelques mois.

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Le Défi de Fontenil / Fronsac

Catégorie Vin de Table. Et paf, voilà que, lors d’une dégustation à l’aveugle, la famille Rolland coiffe au poteau le Mouton de Rothschild, millésime 2000, avec un vin de table du même millésime. Fallait le faire. Tous les experts présents étaient d’accord sur ce point. Le 2014 est tout prêt à relever à nouveau ce défi et se présente déjà admirablement bien, juteux, frais, avec une belle trame tannique tout en finesse et une densité qui le ferait joliment prendre de l’âge. Un vin croquant qu’on affectionne facilement, sans tomber dans la facilité.

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Château la Rose de Figeac / Pomerol

La délicieuse Nathalie Despagne a décidé en 2013 qu’il était temps de voler de se propres ailes. Bien lui en a pris. Pour ses premiers Primeurs elle nous a sorti un vin au fruité croquant, gourmand, d’une belle texture et densité, et même s’il lui reste encore à trouver ses marques, c’est drôlement prometteur.

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Clos des Baies / Saint-Émilion Grand Cru

Philippe Baillarguet est maître de chai chez Ausone. Il a eu la chance énorme de pouvoir acquérir en 2010 un bout de vigne non loin de Tertre Roteboeuf, en coteaux. Le terroir d’exception et le talent du jeune homme réunis produisent un vin souple, généreux, aux fruits savoureux. On sent à travers la finesse des tanins et sa structure bien posée qu’il était à la bonne école. C’est un vin très réussi.

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Bon, je vais m’arrêter là, car sinon je pourrais continuer encore longtemps pour vous parler, par exemple de :

  • La Mission Haut-Brion (belle dans toutes les couleurs)
  • Malartic-Lagravière (un peu musclé mais appétissant à croquer)
  • Roc de Cambes (un magnifique Côtes-de-Bourg)
  • Cheval Blanc (qui galope avec une belle légèreté à travers le millésime)
  • Figeac (malgré la polémique actuelle je le trouve plutôt bien réussi)
  • La Brande (le petit des frères Todeschini, au caractère jovial et joyeux)
  • Thénac (ça bouge dans le Bergerac, et il s’en donnent les moyens)
  • Berliquet (mais il est terrible ce Nicolas Thienpont)
  • Pavie-Macquin (encore Nicolas, mais arrête enfin)
  • Clos des Carmes Haut-Brion (le petit dernier à surveiller, car il va déployer ses ailes sous l’impulsion de Guillaume Pouthier)
  • Balthus de Reignac (costaud le petit, j’espère qu’il ne va oublier un peu de légèreté)
  • Château Paulliac (une belle découverte)
  • Fonbel (dans la famille Vauthier ils doivent être un peu sorciers pour tout réussir si bien)
  • Haut-Simard, Moulin Saint-George, La Clotte, La Chapelle d’Ausone (tous les quatre des enfants Vauthier aussi)
  • La Dominique (un peu bodybuildé, mais il faut voir ce qu’il donnera une fois la fougue de la jeunesse passée)
  • Sansonnet (solide sans être imposant)
  • Faugères (floral , intense, épicé, avec un charme fou)

Et tant d’autres dont j’aimerais vous parler.

Malgré cette liste vraiment courte, comparé aux notes des autres plumes actives sur cet événement, j’espère vous avoir donné envie de goûter, et peut-être de vous lancer dans l’achat de Primeurs. Si j’avais le budget et la place, c’est ce que je ferais. Des questions ? Écrivez-moi !

Cheers !

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