Certains disent qu’il n’y a que 6 bons rosés en France…



Evidemment, quand un tel avis est émis par un des meilleurs dégustateurs français, à savoir Bernard Burtschy, cela fait des vagues dans la sphère Facebook et viticole. Et même si je compte parmi ceux et celles qui restent dubitatifs vis-à-vis du raz-de-marée de rosé qui inonde le marché mondial, je ne suis pas du tout d’accord avec Bernard. Au contraire : j’ose déclarer haut et fort : le rosé n’a jamais été aussi bon !

Voici son commentaire, copié depuis sa page Facebook : « Beaucoup de rosés, de Provence et d’ailleurs, ont atteint un tel niveau de médiocrité qu’il n’est même plus possible de les distinguer des importations à petits prix.
Pourtant, il en existe une poignée qui résiste comme celui élaboré par Roselyne Gavoty au domaine éponyme. Et vous pouvez l’oublier plusieurs années en cave, il n’en sera que meilleur.
Dans la courte liste, il faut rajouter Sainte Roseline en Côtes de Provence, château Simone à Palette et quelques bandols (Pibarnon, Sorin, Olivette, La bégude, Tempier).
Tout le reste ou presque ne vaut pas tripette, même au bord de la piscine. Et quant à la pénurie, vaste rigolade: une « fake news » bien dans l’air du temps. »

Et évidemment, je n’étais pas dans la dégustation de Bernard, aussi je ne sais pas quels étaient les vins présentés. Mais quand même, déclarer une telle chose sans avoir fait une dégustation exhaustive est un peu exagérer les choses. Sauf pour son dernier point : la pénurie de rosé, moi aussi cela m’a bien fait rigoler…

En contredisant Bernard, je ne m’avance pas par hasard, mais en connaissance de cause : dans le cadre de mes dégustations pour le guide Bettane & Desseauve, j’en goûte énormément depuis trois ans. D’ailleurs, plus que n’importe quel autre journaliste et dégustateur qui vient en Provence. Couvrant la Provence en entier, je prends trois semaines pour le faire, me déplaçant dans toutes les appellations, y compris les plus excentrées. Puis point important : je n’exclue aucun domaine de ces dégustations : tous ont le droit de présenter, les grands, les petits, les coopératives, les vignerons artisans, les négociants, les bio et les pas bio. Tous les vins sont dégustés à l’aveugle, dans une indépendance totale.

Je ne peux donc que confirmer : je ne suis pas d’accord avec l’avis de Bernard. Ce printemps, j’ai pu constater que non seulement les arômes de thiols (pamplemousse, bourgeon de cassis, pipi de chat) ont continué leurs forte décroissance depuis 2016, mais les rosés ont trouvé une minéralité et une expression cristalline très réussie. Une signature assez unique à la Provence, du moins pour le moment. Souvent, ils ont cette vivacité et pureté d’une eau de roche. Cela est certainement aussi dû au fait que les rosés sont de plus en plus vinifiés comme des vins blancs, et que les techniques utilisées pour provoquer les thiols diminuent, à la vigne comme en cave.

Je dirais alors même : non seulement il est meilleur qu’il y a encore 15 ans, mais en plus il a commencé à s’affranchir de son seul statut de couleur pour rentrer dans celui d’un vin à part entière.

Il y a une diversification dans les styles, avec de plus en plus de vignerons qui, à côté du rosé léger, commencent à explorer le rosé de gastronomie, plus profond, apte pour la garde, fait avec tout le savoir, la rigueur et le soin dédié pour produire un grand vin.

Certes, dire que tous les rosés sont devenus excellents serait totalement exagéré. Beaucoup ne prétendent pas à autre chose que d’êtres des vins d’un été, avec une qualité honnête mais qui ne casse pas la baraque. Son succès prouve d’ailleurs que ça plaît, du moins pour le moment. Est-ce mal ? Non.

En voilà une courte sélection de ceux qui font très très bon. Me viennent à l’esprit comme ça, sans ordre précis : Richeaume, Gasqui, Rimauresq, Barbeyrolles, Gassier, Ribotte, Hauvette, Vignelaure, Revelette, Clos Saint Vincent, Clos Saint Joseph, Domaine du Fogolar, Clos Sainte Magdeleine, La Martinette, Perzinsky, Domaine de l’Ile, Clos Cibonne, Domaine Allemand, Domaine de Saint-Ser, Les Bormettes, etc… Et je suis très loin de tous les citer.

Evidemment (pour la troisième fois), mon avis ne peut se limiter qu’aux rosés de Provence, puis ceux de Tavel, une autre appellation aux rosés extraordinaires, faites pour la garde, des vrais vins, mais qui sont boudés par le consommateur car de couleur trop sombre… Pourtant, ces rosés colorés sont très souvent splendides.

Je rajouterais : en dehors de ces deux appellations que je connais bien, je ne prends aucun risque à affirmer qu’il y en a d’excellents dans toutes les appellations. Il suffit juste d’être un peu curieux. Demandez celui du Château Mangot (Saint-Emilion) par exemple, un vrai délice.

Donc, si vous voulez des rosés qui sont plus qu’une couleur dans un verre, oubliez déjà de faire une fixette sur la couleur pâle. Lancez-vous dans les rosés de toutes les couleurs. Sortez des chemins battus. Je vous assure, il y en a d’extraordinaires, en clair comme en foncé. Même en doux…

Si vous ne vous sentez pas rassurés et avez besoin de conseil : allez chez un caviste qui saura vous guider vers la bonne bouteille. Si vous êtes en vacances ou habitez dans une région viticole, c’est encore plus simple : allez directement chez le vigneron et goûtez sur place. Il n’y a pas mieux pour découvrir le vin, y compris le rosé.

Un conseil pour l’aventurier rosé : évitez les grandes marques connues. Souvent elles ne présentent pas un grand intérêt, sauf celui d’être à la mode, d’avoir un esprit estival, et parfois d’être franchement trop chers par rapport à ce qui est en bouteille. Très souvent, ce sont des vins prêt-à-boire qui ne survivront pas l’été. Sauf, évidemment, si c’est ça que vous cherchez absolument : des vins simples à déguster, au bord d’une piscine ou servis sur une pizza. Et entre nous, il n’y a pas de honte à avoir, on n’a pas non plus envie de boire des vins haute couture tous les jours. Moi non plus d’ailleurs.

(Entre parenthèses : si vous aimez la nature, la biodiversité, le monde des plantes et des animaux, poussez le bouchon un peu plus loin et achetez des rosés produits par des vignerons en bio ou biodynamie. Non seulement vous feriez du bien autour de vous, mais face aux enjeux environnementaux actuels et à venir, cela serait un acte utile, militant et sensé.)

Pour terminer : si je dois avoir un seul regret vis-à-vis du rosé, cela serait que même des appellations traditionnellement rouges, comme Bandol par exemple, produisent aujourd’hui plus de 75% de rosé. Sans parler du CIVP qui continue d’occulter dans sa communication les excellents blancs et rouges de la Provence, ne se concentrant que sur l’unique couleur de rosé. Une erreur regrettable et potentiellement fatale à long terme. Mais ça, c’est un autre sujet, et on ne va pas en parler dans ce post.

Clap de fin : le rosé est mort. Vive le rosé !

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